Chasseurs de science

By Futura

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Category: Science

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Description

Chasseurs de science, c'est le podcast d'histoire des sciences de Futura. À chaque épisode, embarquez dans les couloirs du temps à la rencontre des personnes et à la découverte des événements qui ont marqué l'histoire scientifique. Chercheurs et chercheuses, zoologues, biologistes, naturalistes, astronomes, chimistes, physiciens, paléontologues... De Marie Curie à Thomas Pesquet, en passant par nombre de figures injustement oubliées, rejoignez l'expédition dans Chasseurs de Science.


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Episode Date
Srinivasa Ramanujan, le génie incontesté des mathématiques
16:10

Autodidacte, intuitif, génial. Voici les adjectifs qui collent généralement à la peau de Srinivasa Ramanujan, l'un des plus grands mathématiciens de tous les temps. Si sa vie fut courte, elle n'en fut pas moins prolifique. Fasciné par les mathématiques dès son plus jeune âge, Srinivasa se plonge inlassablement dans chaque livre sur lequel il arrive à mettre la main, se constituant un savoir éclectique auquel il combine son incroyable intuition des nombres et des formules. Au cours de sa brève carrière, il fera évoluer la théorie des nombres, s'intéressera aux fonctions elliptiques, aux fractions continues et aux séries infinies, laissant derrière lui un héritage considérable.


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Pour aller plus loin :


Crédits :

  • Musique

Kirwani Dhun / While My Sitar Gently Weeps / From North to South, par Banaras Baba & Kolkata Kid

So Many Secrets / Finding Melody, par Gavin Luke

Epidemic Sound



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Dec 02, 2022
Stéphanie Kwolek, l'inventrice méconnue du kevlar
12:43

Le nom de Stephanie Kwolek ne vous dit peut-être rien, mais vous avez forcément déjà entendu parler du Kevlar. Chimiste de talent, malheureusement peu reconnue de son vivant, Stephanie Kwolek a pourtant sauvé des dizaines, probablement des milliers de vie grâce à son invention, et permis à l'entreprise DuPont de générer des milliards de dollars, dont elle ne verra jamais un centime. Aujourd'hui, nous rendons hommage à celle sans qui le gilet pare-balle serait resté un accessoire aussi fantastique que la cape d'invisibilité.


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Pour aller plus loin :


Crédits :

  • Musique

The Quiet Hours et The Best Way Out Is Through, par Trevor Kowalski

Steps In Time, par Golden Age Radio

Nadi, par Van Sandano

Endurance, par Aerian

Epidemic Sound


Début de l'épisode :

Buffalo, 1964. Ce matin, Stephanie est arrivée tôt au laboratoire. Cela fait des semaines qu’elle essaye de trouver une solution pour dissoudre et mélanger deux polymères afin d’obtenir ce nouveau matériau ultra-résistant tant espéré. Et en cet instant, une intuition lui dit qu’elle est proche du but. Enfilant sa blouse de chimiste, elle s’installe à sa paillasse et commence les manipulations. Au bout de quelques minutes, les polymères qu’elle vient de mélanger commencent à fondre et à se dissoudre dans le solvant, produisant un liquide blanc laiteux. Intriguée, Stephanie soulève le petit flacon devant ses yeux. Cela ne ressemble à rien qu’elle ait déjà vu !



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Nov 04, 2022
Jeunes Pousses, le teaser
0:51

Jeunes Pousses, c’est le rendez-vous de l’innovation positive. Chaque mois, rencontrez les start-ups et les entreprises qui œuvrent pour un monde meilleur, et bénéficiez des conseils d’experts pour, vous aussi, rejoindre le mouvement 🌱


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Nov 03, 2022
Howard Carter et la malédiction de Toutankhamon [REDIFFUSION]
10:49

Le lieu de repos du légendaire pharaon Toutankhamon est sans l'ombre d'un doute le tombeau le plus connu d'Égypte. Construit il y a des milliers d'années et recherché par les archéologues occidentaux durant plus d'un siècle, il provoque dès son ouverture un soulèvement de l'opinion publique, libérant à la manière de la boîte de Pandore des histoires de malédictions et d'empoisonnement. Retraçons ensemble l'histoire de sa découverte et des événements qui ont suivi.


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Pour aller plus loin :


Crédits :

Musique :

Script, voix et montage : Emma Hollen


Début de l'épisode :

Égypte, 1922. Tout n’est que lumière, poussière et sueur dans le bruit des pelles heurtant le gravat blanc. Niché dans le giron aride de la nécropole thébaine, le site de fouilles de la vallée des Rois renvoie au soleil son éclat aveuglant. Sous le regard brûlant d’Howard Carter, de Lord Carnarvon et de sa fille Evelyn, les ouvriers couverts de sueur déblayent un grand escalier de pierre. Cela fait des années qu’ils explorent avec une conviction vacillante cette étendue ingrate, résolue à ne plus céder aucun trésor. Mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Aujourd’hui, ils ouvrent une tombe. Au-dessus de l’escalier s’enfonçant dans le sol, le jeune porteur d’eau trépigne alors qu’un cartouche apparaît sous la caillasse crayeuse. Tous les yeux se fixent sur l’inscription gravée dans la pierre, et des cris de joie se mêlent aux soupirs de soulagement alors qu’une voix énonce dans un souffle : « Toutankhamon ».



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Oct 21, 2022
Fanny Burney, une ablation du sein sans anesthésie
12:52

Auteure britannique aujourd'hui oubliée, Frances Burney gagne pourtant à être connue. Atteinte d'un cancer du sein au tournant du XIXe siècle, elle raconte sa terrible opération dans une lettre à sa sœur : une ablation totale du sein malade, sans anesthésie. Découvre l'histoire de cette romancière de talent, incisive et engagée, dans Chasseurs de Science.


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Pour aller plus loin :


Crédits :

Musique

  • String Quartet Divertimento et String Quartet No. 7 in E Flat Major, K. 160, I. Allegro, par Traditional
  • Olêka et Book of Maps, par Franz Gordon
  • Epidemic Sound

Script : Morgane Gillard

Voix et montage : Emma Hollen


Début de l'épisode :

Paris, 1811. Fanny Burney est allongée sur un vieux matelas, au milieu de son luxueux salon. Un mouchoir est placé sur ses yeux, mais à travers le tissu délicat, elle aperçoit sans difficulté les silhouettes des sept médecins rassemblés autour d’elle. Voilà plusieurs minutes que le silence est complet dans la pièce. Elle imagine que les hommes communiquent entre eux par gestes pour ne rien dire qui puisse la choquer, mais l’étrange atmosphère qui en résulte n’est guère plus apaisante pour ses nerfs. Suspendue dans cet instant, elle tente de faire le vide dans son esprit, de ne pas penser au mari et au fils qu’elle pourrait ne plus jamais voir, aux sœurs qu’elle a laissées de l’autre côté de la Manche, et encore moins au terrible spectacle qui est sur le point de se jouer. Une voix s’élève finalement au-dessus d’elle. « Qui me tiendra ce sein ? » Le sang bat violemment dans ses veines, faisant pulser le bras gonflé et endolori qu’elle garde contre son flanc. D’embarras, les autres médecins restent muets, mais Fanny retire le voile de ses paupières, se redresse et s’exclame avec bravoure : « C’est moi, monsieur ! ».



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Oct 07, 2022
Nellie Bly, 10 jours dans un asile psychiatrique et 72 jours autour du monde
14:10

Aventurière, journaliste, militante, Nellie Bly est décidément bien étonnante. Née au tournant du XIXe siècle, dans un monde en plein révolution, elle décide d'y prendre une part active en œuvrant notamment pour les droits des femmes et des ouvriers. De son reportage sous couverture dans un asile psychiatrique à son tour du monde en moins de 80 jours, découvrez le destin de cette femme hors du commun.


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Pour aller plus loin :


Crédits :

Musique

  • Midnight Textures, par Silver Maple
  • Etude No 1 For String Quartet, par Peter Sandberg
  • Why Is She Crying, par Luella Gren
  • Progressive Progress, par Howard Harper-Barnes
  • Gentle Heroics, par Trevor Kowalski
  • Epidemic Sound

Script : Morgane Gillard

Voix et montage : Emma Hollen


Début de l'épisode :

Mai 1887. La brume matinale se lève progressivement sur l’Hudson alors que les rues quadrillées de New-York s’emplissent du brouhaha des passants et des travailleurs. C’est une journée comme les autres pour les New-Yorkais, mais pour la jeune femme qui se tient devant la porte de l’un des pensionnats féminins de la deuxième avenue, c’est le jour qui va déterminer le reste de sa carrière. Âgée d’à peine 23 ans, les cheveux d’un brun commun et une valise miteuse à la main, on pourrait la prendre pour une femme démunie parmi tant d’autres, une provinciale dont les rêves ont été trop vite dépassés par cette ville qui grandit vers le ciel plutôt que de s’étendre vers l’horizon. Mais, son visage, cependant, raconte une tout autre histoire. Ses yeux aux couleurs changeantes évoquent tantôt le désert, l’océan ou les forêts verdoyantes, mais ils trahissent une personnalité qui a les pieds fermement ancrés sur terre. Son regard et son port volontaire en disent long sur la détermination qui l’anime, sa vivacité, ainsi que son désir irréductible de faire ses preuves. Si tout se passe comme prévu, elle sera bientôt internée pour folie furieuse à l’asile psychiatrique de l’île de Blackwell. Nellie Bly prend une inspiration, puis frappe à la porte…



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Sep 23, 2022
Vénus révélée
36:14

Cette semaine, en plus d'un nouvel épisode de Chasseurs de Science, découvrez le podcast Tangram de l'Université PSL !

Parce que les savoirs se partagent, PSL vous invite à découvrir les travaux de ses chercheuses et de ses chercheurs, dans tous les domaines de la connaissance : sciences dures, sciences humaines, arts et lettres.


Vénus est un mystère. Et rien de tel qu'un mystère pour piquer notre curiosité !

Dans ce troisième épisode, on se lance dans une entreprise périlleuse : révéler ce qui est caché.


Intervenants :

  • Claudine Cohen, paléontologue, École Pratique des Hautes Études - PSL.
  • Manon Lecaplain, archiviste paléographe, École nationale des chartes - PSL.
  • Thomas Widemann, planétologue, Observatoire de Paris - PSL.


Lecture :

  • L'Ode à Aphrodite, de Sappho, lu par Cindy Almeida de Brito, Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique - PSL.


Musique d'introduction :

  • Full VNR, Vénus VNR. (https://venusvnr.bandcamp.com/track/full-vnr-venus-vnr) 


L'Université PSL est labellisée "Science avec et pour la société" par le Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation.



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Sep 22, 2022
Le patient qui avait un trou dans le ventre et son docteur, William Beaumont
13:35

Lorsqu'Alexis Saint-Martin est gravement blessé par un tir de mousquet en 1822, le docteur William Beaumont ne lui donne que quelques heures à vivre. Mais à la grande surprise du médecin, le trappeur canadien survit en conservant dans son abdomen un trou ouvrant directement sur son estomac, par lequel s'échappe sa nourriture. Durant des années, Beaumont va se servir de son patient comme d'un cobaye pour étudier les mécanismes de la digestion, plongeant divers aliments à l'intérieur de son ventre pour observer leurs stades de dégradation. Une relation étrange, virant vers la torture et l'humiliation pour Alexis Saint-Martin.


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Pour aller plus loin :


Crédits :

Musique

  • American Quartet, par Traditional
  • Carefully the Water Lilies, par Trevor Kowalski
  • Ice Demon, par Kevin MacLeod
  • Aubedoir, par Franz Gordon
  • Etude for Dreamers, par Infinity Ripple
  • Epidemic Sound

Script : Morgane Gillard

Voix et montage : Emma Hollen


Début de l'épisode :

6 juin 1822. William Beaumont, médecin de l’US Army, se promène dans la ville animée de l’île de Mackinac. Soudain, un coup de feu déchire l’air. Beaumont se précipite vers la source du bruit et se fend un chemin à travers la foule en train de se former autour d’un jeune trappeur canadien, grièvement blessé. Dès le premier coup d’œil, le médecin voit que la blessure n’est pas de bon augure. « L’impact a été reçu au niveau de la poitrine gauche » écrira-t-il. « Une grande partie du côté à été emportée, les côtes sont fracturées et l’on voit plusieurs plaies ouvertes dans la poitrine et l’abdomen, à travers lesquelles des parties brûlées et lacérées du poumon et de l’estomac saillent. Le diaphragme a été lacéré et une perforation a été pratiquée directement dans l’estomac, par laquelle s’échappent les aliments du petit-déjeuner ». Pour William Beaumont, le jeune homme n’en n’a plus pour longtemps à vivre. Ce qu’il ignore, alors qu’il commence à soigner le jeune Canadien, c’est qu’il se trompe lourdement. Et que ce trou dans l’estomac d’Alexis Saint-Martin fera de lui le père de la physiologie gastrique. Mais à quel prix ?



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Sep 09, 2022
Entretien avec un yéti : l'incroyable épopée de Slavomir Rawicz
14:25

En 1942, Slavomir Rawicz et quatre autres détenus échappés d'un goulag sibérien tombent nez-à-nez avec le yéti (deux à dire vrai), au cœur des montages himalayennes. Voici le récit improbable de la plus improbable des évasions : 11 mois de voyage à pied, depuis le Cercle arctique jusqu'en Inde, en quête de liberté ; une rencontre avec une créature légendaire ; et un livre qui fera sensation dans les années 50 et 60. Héros ou imposteur ? Plongez dans l'histoire de Slavomir Rawicz.


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Retrouvez l'épisode de Mystères et Légendes dès ce samedi 27 août


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Pour aller plus loin :


Crédits :

Musique

  • Etude No 1 For String Quartet, par Peter Sandberg
  • The Old House, par Rachel Meyer
  • Infados, par Kevin MacLeod
  • Till Östersjön, par Silver Maple
  • Epidemic Sound

Script : Morgane Gillard

Voix et montage : Emma Hollen


Début de l'épisode :

Hiver 1942. Le jeune Slavomir Rawicz et ses compagnons, affamés et transis de froid, avancent péniblement dans la neige, au cœur des montagnes himalayennes. Voilà des jours qu’ils ont franchi le seuil de cet enfer de roche et de glace, des semaines que leurs corps épuisés leur demandent du répit, et des mois que cette marche interminable a débuté. L’esprit engourdi, ils résistent à la somnolence qui tente de s’emparer d’eux. La morsure du gel a fait place à une douleur sourde, une sensation léthargique qui s’empare de leurs membres. Mais soudain, à travers la brume, deux immenses silhouettes font leur apparition...



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Aug 26, 2022
Edouard Chatton, à la conquête des mondes invisibles
8:03

Édouard Chatton : voilà un nom qui ne vous dit peut-être rien. Et pourtant, il y a de fortes chances que vous ayez tous et toutes entendu parler des procaryotes et des eucaryotes au lycée. La vie d'Édouard Chatton, c'est celle d'un biologiste passionné par l'invisible, les mondes microscopiques qui pouvaient se dissimuler dans une goutte d'eau. Grâce à son étude des protistes, il révolutionne le monde la biologie, et laisse dans son sillage un splendide héritage esthétique : des dizaines de planches brisant la frontière entre science et art.


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Pour aller plus loin :


Musique et bruitages :

Appeased Soundscape, par August Wilhelmsson

The Best Way Out Is Through, par Trevor Kowalski

Prelude, par Trevor Kowalski

Endurance, par Aerian

Epidemic Sound


Début de l'épisode :

Prenez un peu d’eau dans un étang et observez une goutte de celle-ci au microscope. Un monde caché et prolifique se révèle alors à vous. Des créatures étranges grouillent dans tous les sens : des crevettes miniatures, des vers mais aussi des formes plus extravagantes ; un triangle isocèle, une courgette ciliée ou encore des mini-vaisseaux extraterrestres à trois pieds. Cette simple expérience réalisée aujourd’hui n’a probablement pas la même saveur qu’au début du XXe siècle. Imaginez découvrir ce monde fascinant en 1905 et le frisson qu’a dû ressentir le jeune Édouard Chatton, scientifique en devenir. Grâce à son travail passionné et passionnant, la terra incognita que représente le monde des protistes n’est plus si mystérieuse...



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Aug 12, 2022
Marie Van Brittan Brown, l’infirmière qui inventa... la vidéosurveillance
9:26

Marie Van Brittan Brown n'est pas une infirmière comme les autres. Résidente d'un quartier du Queens où la criminalité rampante l'empêche de se sentir en sécurité, elle décide de prendre la situation en main... et d'inventer le tout premier système de vidéosurveillance, intégrant le premier interphone, la première interface de communication avec la police, ou encore le premier mécanisme de verrouillage à distance ! Découvrez l'histoire de cette femme étonnante dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science !


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Pour aller plus loin :


Musique :

Night Mood, par Franz Gordon

Wicked Man et That Old Fashioned Moon, par Martin Landstrom

Epidemic Sound


Début de l'épisode :

1968. Marie Van Brittan Brown, une infirmière afro-américaine d’une quarantaine d’années, émet un grognement bougon et s’étire dans la lumière du jour déjà bien avancé. Elle ressent encore la fatigue de ses 16 heures de garde à l’hôpital, son dos endolori et ses paupières si lourdes qu’elle peine à les ouvrir. Qui peut bien la réveiller à une heure pareille, en plein milieu de l’après-midi ? Elle serait bien tentée d’envoyer le visiteur importun au diable et de se replonger immédiatement dans le sommeil, mais la sonnette retentit une seconde fois, l’amenant à proférer un chapelet d’imprécations. Marie se tourne vers le mur et se retrouve face à un petit écran équipé d’une armée de boutons. Après une pression sur l’interrupteur, le moniteur s’allume et affiche le torse d’un homme à la peau sombre, vêtu d’une chemise à manches courtes. « C’est pour quoi ? », demande l’infirmière sans chercher à dissimuler sa mauvaise humeur. De l’autre côté de la porte, l’homme mystérieux reste silencieux. Jurant dans sa barbe, Marie appuie sur un bouton portant l’inscription “haut”, et la caméra installée sur sa porte d’entrée remonte par degrés jusqu’au judas le plus élevé. Elle laisse alors échapper un rire à la fois attendri et exaspéré. Même si l’écran n’affiche qu’une vidéo en noir et blanc de qualité médiocre, elle reconnaîtrait entre mille le sourire radieux et joueur de son mari, rentré plus tôt que prévu pour lui faire une surprise. D’une pression sur un troisième bouton, elle déverrouille la porte d’entrée et se glisse à nouveau sous les draps, oubliant complètement son envie de dormir. 



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Jul 29, 2022
Le Bloop, un cri mystérieux venu des abysses
6:39

1997. Des profondeurs des océans, un bloop mystérieux est capté par les hydrophones des scientifiques. Monstre marin ? Faille sous-marine ? Cité perdue ? Quelle est donc la source de ce son mystérieux, dont l'origine est indéniablement biologique ? Pour le savoir, il faudra écouter cet épisode de Chasseurs de Science !


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Pour aller plus loin :


Musique :

Moon Landing, par Adi Goldstein

Mini Fairytales Theme, par Sascha Ende

Zapsplat


Début de l'épisode :

Loin de toute civilisation, dans les eaux froides et déchaînées du Pacifique Sud, un hydrophone – un micro conçu pour enregistrer des sons sous l’eau – flotte au gré des courants. Il fait partie d’un réseau autonome d’écoute, long de plusieurs milliers de kilomètres à travers le Pacifique, chargé d’enregistrer tous les bruits, les grognements et les murmures qui agitent le fond des océans. L’US Navy les avait placés ici pour suivre les mouvements des sous-marins soviétiques près de l'Antarctique. Mais désormais ils sont les oreilles des chercheurs de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique. Car l’océan, qu’on surnomme parfois le monde de silence, est en réalité très bavard ! En 1997, les chercheurs américains écoutent les sons enregistrés par les hydrophones. Ils espèrent trouver des signes d’une activité volcanique sous-marine. Mais sur la piste, un cri venu des profondeurs, un « bloop » sonore qui ressemble à rien de connu. La petite équipe échange un regard interloqué : qui ou quoi, qui se trouve là sous l’océan glacial, a pu créer un son aussi grave et aussi puissant ? C’est la planète elle-même qui semble crier.



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Jul 15, 2022
Barry Clifford et le trésor retrouvé du pirate Sam Bellamy [REDIFFUSION]
10:06

Le 26 avril 1717, un terrible ouragan souffle sur la côte est des colonies américaines, emportant avec lui le Whydah et ses trois compagnons de voyage. À bord du trois-mâts, le capitaine Bellamy, aussi connu sous le nom de Black Sam, a seulement le temps de voir la déferlante se briser sur ses rêves avant que la tempête ne l'engloutisse avec son équipage et son formidable trésor.

Dans les années 1950, dans un petit village de pêche du cap Cod, Barry Clifford grandit au rythme des chansons de marins et du récit que lui font ses aïeux du naufrage du Prince des Pirates, survenu deux siècles et demi auparavant. Le jeune Clifford s'en fait alors le serment : il sera celui qui découvrira le trésor englouti de Samuel Bellamy.


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Pour aller plus loin :


Musique :

  • Patricia Chaylade
  • Titan, par Scott Buckley


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Jul 01, 2022
Le jour où Yves Coppens déplaça un mammouth en hélicoptère [REDIFFUSION]
8:35

En 1997, Bertrand Buiges, le responsable de l’association Cercle polaire expédition reçoit un coup de fil qui va changer sa vie. Un mammouth entier, prisonnier de la terre, a été repéré en Sibérie.

Avec Yves Coppens, ils prendront une décision historique. Retour sur la première expédition qui a extrait un mammouth sans rompre la chaîne du froid.


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Pour aller plus loin :


Crédits :

  • Script et voix : Julie Kern
  • Musique et montage : Patricia Chaylada


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Jun 24, 2022
L’homme de Piltdown, le chaînon manquant enfin découvert
10:42

En 1908, l'avocat et archéologue amateur Charles Dawson annonce une découverte qui va révolutionner l'Histoire de l'Homme : celle de fragments de crâne et de mâchoire ayant appartenu au célèbre chaînon manquant, le Graal des anthropologues et des biologistes tentant de retracer notre chemin jusqu'au singe. Trop beau pour être vrai ? Pour le savoir, il faudra écouter cet épisode de Chasseurs de Science !


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Pour aller plus loin :


Musique :

Getting To The Bottom Of It, par Fernweh Goldfish

Cello Suite No. 1 - Bach, par Arend

Eine Kleine Nachtmusik - Mozart (Acapella), par Vocalista

Outro par Patricia Chaylade

Zapsplat


Début de l'épisode :

1908. L’avocat Charles Dawson se rend dans le paisible village de Piltdown, au sud de Londres, pour une affaire judiciaire. Le chemin qui mène à la ferme où on l’attend est en travaux et des ouvriers s’affairent à le remettre en état. Une scène des plus banales sauf qu’un détail attire l'œil averti de Charles Dawson. Les ouvriers utilisent un gravier particulier, coloré d’un rouge profond qui témoigne de leur haute teneur en fer. L’avocat, qui nourrit également une passion dévorante pour l’archéologie – au point d’être associé à plus de 50 publications scientifiques alors qu’il n’a aucune formation académique en la matière, s’approche des travailleurs. Un espoir fait battre son cœur : il reconnaît en ces graviers rouges les restes d’un ancien lit fluvial, peut-être riche en fossiles. Voilà de quoi étoffer son cabinet de curiosité personnel. Charles Dawson intime aux ouvriers de lui fournir le moindre ossement qu’ils retrouveraient au milieu des graviers. Quelques jours plus tard, l’un d’entre eux lui livre un fragment d’os plat et épais, qu’il reconnaît immédiatement comme un morceau d’un crâne humain. Charles Dawson vient de découvrir un trésor archéologique...



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Jun 17, 2022
Fridtjof Nansen, prisonnier du pôle Nord pendant un an
17:07

Fridtjof Nansen est un explorateur né. Ce Norvégien chausse des skis dès ses plus jeunes années, explore la forêt en solitaire, puis les eaux de l'océan Arctique à bord d'une expédition scientifique. C'est là qu'il tombe amoureux de la banquise et se donne un objectif fou : laisser la glace s'emparer de son navire et dériver avec elle jusqu'au pôle Nord.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Something Greater, par Caleb Fincher

Ember, par Arend

The Great Plains, par Rafael Krux

The Osprey, par Ceridwen McCooey

Lamentate, par Danijel Zambo

A Frozen Heart, par Roger Gabalda

Zapsplat

BBC Sound Effect


Début de l'épisode :

3 janvier 1895. Au cœur de la nuit polaire, la banquise craque et grince tout autour de la coque du Fram, pris dans la glace en plein milieu de l’océan Arctique. À son bord, Nansen et ses coéquipiers contemplent avec inquiétude cette redoutable barrière naturelle qui emprisonne leur navire. Il fait -39°C. Cela fait un an et demi que cette folle expédition a commencé et que le Fram dérive lentement vers le nord, en direction du pôle. La confiance de Nansen s’émousse. Ses calculs concernant la dérive polaire sont-ils justes ? Et plus important que tout : le Fram résistera-t-il à l’énorme pression de la glace ? À ce moment-là, il est hanté par le sentiment que rien n’est moins sûr...



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Jun 03, 2022
Charles Turner, l'homme qui parlait à l'oreille des abeilles [REDIFFUSION]
10:21

C'est la journée mondiale des abeilles ! L'occasion de rencontrer Charles Henry Turner, l'une des grandes figures oubliées de la science. Né en 1867, il consacre sa vie à l'étude des animaux, de leur anatomie, de leurs comportements, de leurs perceptions et de leur intelligence. Scientifique passionné, travaillant sans relâche pour alimenter sa discipline, il bat de nombreux records, produit d'innombrables publications, mais il est également confronté à une société qui refuse de lui accorder le crédit qu'il mérite.


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Pour aller plus loin :



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May 20, 2022
Marthe Gautier, un coq et du sang sacrifiés pour la science
11:48

Marthe Gautier, scientifique téméraire, n'a pas l'intention de se laisser abattre par les circonstances. Figurant parmi les tout premiers experts de la culture cellulaire en France, elle est la découvreuse des mécanismes se cachant derrière la trisomie 21. Pour aboutir à cette révélation, elle devra sacrifier son sang et ses économies, ainsi qu'un coq ou deux.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Morning Bustle, par Oliver Massa

Le Vrai Bal Musette, par le Fernandos Musette Kvintet

Baby O' Mine, par Billy Vaughn And His Orchestra

Café Crémiux, par Giulio Fazio

Fascination, par Wayne King

Hidcote Gardens, par Moments

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Début de l'épisode :

1956. Raymond Turpin déboule dans son laboratoire de l’hôpital Trousseau avec une nouvelle excitante. Au premier congrès international de génétique de Copenhague, auquel il a assisté, deux confrères hollandais ont confirmé que l’être humain possède 46 chromosomes. Le cliché, le premier caryotype de l’Histoire, présenté lors du congrès, est sensationnel : 23 paires de chromosomes bien rangées, notées de 1 à 22, et XX ou XY pour la dernière paire qui définit le sexe.

L’excitation de Raymond contamine sa plus proche collaboratrice Marthe Gautier, une pédiatre de 31 ans qui travaille avec lui sur le « mongolisme », comme on le nommait à l’époque. Les deux médecins ont une intuition. Et si c’était une question de chromosome ? Pour en avoir le cœur net, il faut les observer dans les cellules d’un mongolien ou d’une mongolienne. Marthe est la seule personne en France à maîtriser une technique venue tout droit des États-Unis, condition sine qua non pour confirmer leur intuition. Cette technique, c’est la culture de cellule in vitro. Problème : il n’y a aucun laboratoire qui possède le matériel nécessaire à Paris. Marthe a la solution « Si vous me procurez un local, je m'en charge. »



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May 19, 2022
Science ou Fiction, le podcast de debunking par Futura
0:28

Science ou Fiction, c'est le nouveau podcast de debunking signé Futura.

Les poissons ont-ils vraiment mauvaise mémoire ? Edison a-t-il bel et bien inventé l’ampoule ? Est-ce que que les sabres laser pourraient vraiment exister ? Chaque semaine, on s’attèle à une croyance qui a la peau dure et qu’on démêle ensemble le vrai du faux.

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May 04, 2022
Amelia Earhart, dernier vol d’une aviatrice de légende
14:58

Amelia Earhart a eu une vie digne d’un film. Femme-pilote, elle a été la première à traverser l’Atlantique en solitaire – et ce n’est que le premier de la longue liste de records qu’elle détient. Alors qu’elle entreprend l’aventure de sa vie, elle disparaît avec son navigateur dans les cieux du Pacifique en 1937. Aujourd’hui encore, les théories les plus folles circulent autour de cet évènement tragique. Et si des crustacés géants constituaient la clé de ce mystère ?


🧏[Transcription de l'épisode]🦻


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Pour aller plus loin :


Musique :

Lost In Space, par Enzalla

Classic, par Monument Music

I Ain't That Kind of a Baby, par The Broadway Bell-Hops

Rivers Of The Sky, par Rafael Krux

Secret Room, par Luminbird

A Voyage, par Arend

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Archive.org


Début de l'épisode :

« KHAQQ à Itasca, nous sommes sur la droite 157 337. Nous répéterons ce message sur 6.210 kilohertz, attendez... Nous cherchons vers le nord et vers le sud. »

Ces mots sont les derniers qu’a prononcés Amelia Earhart, alors aux commandes de son avion, un Lockheed Electra 10E. Avec son navigateur Fred Noonan, ils entament la dernière partie de leur tour du monde en avion. Un tout dernier obstacle se dresse devant eux. Et pas des moindres : traverser l’océan Pacifique. Le plan de vol préparé par les deux aventuriers prévoit un départ de la Papouasie-Nouvelle-Guinée puis une escale indispensable sur l’île de Howland, avant de repartir vers Honolulu et atterrir à Oakland en Californie, là où tout a commencé...



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Apr 22, 2022
Albert Hofmann, la peste de feu et le premier trip au LSD
12:52

Quel lien existe-t-il entre le Moyen Âge, la Suisse et le LSD ? C'est l'histoire, retracée sur près d'un millénaire que nous vous proposons d'écouter aujourd'hui. Partez à la découverte de l'une des épidémies médiévales les plus étranges et oubliées, d'un petit champignon aussi hallucinogène que mortel, et de l'homme qui a voyagé pour la première fois sous LSD.


🧏[Transcription de l'épisode]🦻


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Pour aller plus loin :


Musique :

3rd Level Catacombs, par Tim Kulig

Gregorian Chant, par Kevin MacLeod

A Voyage, par Arend

Horizon, par Sanchii

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Début de l'épisode :

Isère, 1097. Un miséreux traîne ses pieds endoloris le long du chemin de terre gelé qui mène au bourg de La Mothe-Saint-Didier. Défiant le vent cinglant qui le transperce de froid, il lève parfois le nez pour contempler le paysage vallonné qui s’étend autour de lui. Les collines en pente douce, habituellement parées d’un vert insolent durant l’été, reposent à présent sous un épais manteau de neige, emmitouflées dans un silence si profond qu’il semble descendre du ciel lui-même. Ce ciel gris fer, immense, uniforme, une étendue de cendres qui renvoie impitoyablement notre voyageur à son triste sort. Replongeant son visage dans l’étoffe de laine mangée aux mites qui recouvre ses épaules, ce dernier grimace de douleur et de dégoût face à son propre corps. Il essuie d’une main noircie et recroquevillée les larmes qui naissent au coin de ses yeux, essayant tant bien que mal d’ignorer le frottement cruel de son vêtement contre sa peau ulcérée, les milliers d’aiguilles qui transpercent ses jambes comme un feu qui le ronge de l’intérieur. Le feu sacré, ignis sacer, comme il l’a entendu appeler aux abords de l’église de son village. Un mal d’origine divine dit-on, qui calcine les pécheurs de l’intérieur et carbonise leurs chairs jusqu’à ce qu’elles pourrissent et se détachent, d’abord les doigts, puis les mains, puis les bras. Une torture insoutenable face à laquelle il ne lui reste plus qu’un seul espoir : la maison de l’Aumône tenue par une confrérie d’Antonins, là-bas, perchée sur un flanc de colline dans le bourg de La Mothe-Saint-Didier.



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Apr 08, 2022
Maria Sibylla Merian et les bêtes du diable
11:50

Anna Maria Sibylla Merian, répond volontiers au nom de Maria mais certainement pas aux attentes associées à son sexe au XVIIe siècle. Bravant les conventions, cette artiste au caractère bien trempé apportera une contribution inestimable au domaine de l'entomologie. À l'âge de 52 ans, après avoir divorcé de son mari, elle s'embarque dans un voyage vers le Suriname à la découverte des étonnantes créatures qui y résident.


🧏[Transcription de l'épisode]🦻


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Pour aller plus loin :


Musique :

Moments, par Hidcote Gardens

Suonatore Di Liuto, par Kevin MacLeod

Peruvian Highlands, par Fernweh Goldfish

Rivers Of The Sky, par Rafael Krux

Outro par Patricia Chaylade

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Début de l'épisode :

1660. Dans un parc de Francfort-sur-le-Main, une jeune fille de treize ans est accroupie devant un buisson, un carnet d’illustration sur les genoux. Ses yeux font des va-et-vient entre son croquis et une chenille verte qui chemine entre les branches. Avec une grande précision, elle s’emploie à retranscrire les moindres détails du ver : sa forme, ses couleurs, la façon dont il bouge ses pattes dodues et s’arc-boute puis s’allonge pour avancer. Tous ces petits détails transparaissent sur son dessin. Elle attrape l’un de ses pinceaux posés dans l’herbe et le trempe dans l’eau, puis dans ses pigments. Ce vert brillant est exactement le même que celui de la chenille. Concentrée, elle ignore totalement les railleries des autres jeunes de son âge qui ne comprennent pas son intérêt pour les chenilles et autres insectes. Après tout, on les appelle bien « bêtes du diable » et ils ne servent à rien d’autre qu’à s’accrocher dans les coiffures des filles l’été et dévorer les récoltes. Pourtant Maria les trouve fascinants. Avec ses observations minutieuses et ses illustrations, elle sera l’une des premières naturalistes à comprendre le cycle de vie des insectes et à les peindre...



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Mar 25, 2022
Marian Diamond, la femme qui a disséqué le cerveau d'Einstein
10:13

Marian Diamond est un nom que peu de gens connaissent aujourd'hui. Sa contribution n'est pourtant pas des moindres : elle est la première à avoir démontré l'existence de la neuroplasticité, la capacité du cerveau à changer de morphologie selon les expériences et l'environnement. Elle est aussi la première personne à avoir étudié le cerveau d'Albert Einstein après sa mort.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Don't Be Cruel, par Albert Behar

Suburban Honeymoon, par Christian Larssen

Days Of Change, par Simon Folwar

The Funny Bunch, par Giulio Fazio

Carefree in France, par Jonny Boyle

Outro par Patricia Chaylade

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Début de l'épisode :

Californie, 1984. Une femme élégante de près d’une soixantaine d’année entre dans son bureau de l’université de Berkeley. Elle porte un haut chignon blond parfaitement exécuté qui lui donne l’air impressionnant. Mais son regard pétillant et sa large bouche, toujours prête à se fendre en un sourire rayonnant, donnent l’image d’une femme enjouée et accessible. Celle-ci jette un coup d’œil rapide à la pièce, aux livres d’anatomie et de neurologie alignées sur les étagères, au cerveau multicolore en plastique qui trône sur une table et à la boîte à chapeau ornée de fleurs aux couleurs pâles qui contient pour sa part un véritable cerveau. Puis elle l’aperçoit, posé sur son bureau, le colis qu’elle espère recevoir depuis déjà trois ans...



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Mar 11, 2022
Marjorie Courtenay-Latimer et le monstre aquatique ressuscité
12:36

Marjorie Courtenay-Latimer a 31 ans quand elle reçoit un coup de téléphone qui va changer sa vie. Sa vie tranquille de conservatrice d’East London, en Afrique du Sud, est bouleversée par la découverte d’un poisson que l’on pensait disparu pendant des millions d’années. Avec son collègue James Leonard Smith, elle fera tout pour conserver et analyser le cœlacanthe, cette étrange créature venue tout droit de la Préhistoire.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Something Greater, par Caleb Fincher

Secret Room, par Luminbird

Getting To The Bottom Of It, par Fernweh Goldfish

Solace, par Arend

The Creature From the Black Lagoon, par Hans Salter

Outro par Patricia Chaylade

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Début de l'épisode :

1938. Trois jours avant Noël, le téléphone résonne entre les vitrines du musée d’East London, une bourgade côtière d’Afrique du Sud à plus de 1.000 kilomètres de la capitale, Pretoria. Après de longues minutes, une grande brune aux yeux noirs finit par décrocher le combiné. C’est Marjorie Courtenay-Latimer, la conservatrice du musée. À l’autre bout du fil, le capitaine d’un chalutier local lui raconte qu’il a ramené dans ses filets des poissons qui peuvent intéresser le musée. Elle raccroche le téléphone et prend un taxi pour le port avec son assistant. Les pêcheurs la contactent régulièrement pour identifier les animaux marins que leur bateau charrie des eaux luxuriantes de l’Afrique du Sud. Pleine de curiosité, elle se demande ce qu’ils ont bien pu ramener cette fois-ci...



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Feb 25, 2022
Eunice Foote et la découverte du réchauffement climatique
9:25

Eunice Newton Foote n'a jamais suivi une carrière scientifique ni même été retenue par l'Histoire. Pourtant, nous lui devons l'une des contributions les plus importantes du XIXe siècle : la découverte du réchauffement climatique.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Blue Planets, par All Good Folks

Silver Flame, par Kevin MacLeod

Hope, par Simon Folwar

Outro par Patricia Chaylade

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Début de l'épisode :

1856. Un chaud soleil d’été brille au-dessus du comté de Saratoga, dans l’État de New-York. Des rires et des cris de joie s’élèvent des ruisseaux où les badauds sont allés plonger les pieds pour se rafraîchir. Dans les parcs, des femmes élégantes en crinoline se promènent au bras de leurs compagnons, tandis qu’au cœur des jardins, les enfants jouent à l’ombre des arbres ou cueillent les fraises qui ont commencé à pousser le long des allées. Mais dans la maison des Foote, c’est une tout autre scène, intrigante, qui se joue sous l’œil de l’observateur omniscient. Eunice Newton Foote, une femme de 36 ans au visage volontaire et aux grands

yeux perçants, contemple avec attention les deux tubes de verre scellés qu’elle a placés au soleil quelques instants plus tôt. Hormis les thermomètres qui ont

été suspendus à l’intérieur de chacun, les récipients pourraient sembler entièrement vides et pourtant, leurs contenus sont bel et bien distincts.

En témoigne l’excitation avec laquelle Eunice reporte deux mesures différentes dans son carnet d’observation. L’expérience a marché ! Elle vient, sans le savoir, de nous offrir la clé de compréhension d’un phénomène qui deviendra central au XXIe siècle : le réchauffement climatique...



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Feb 11, 2022
Leonid Rogozov : une auto-opération chirurgicale en Antarctique
13:03

Voilà des jours que l'équipage de l'Ob, parti explorer l'Antarctique depuis le port de Leningrad, est coupé du monde. Alors que le vent glacial fait trembler les murs de la station de Novolazarevskaya, Leonid Rogozov, seul médecine de l'équipe ressent une douleur vive dans son abdomen. Une appendicite fulgurante qui ne lui laisse pas le choix : pour survivre, il devra s'opérer lui-même. Avec l’aide de ses collègues, il organise une appendicectomie en plein cœur de l’Antarctique. C’est cette histoire incroyable que nous vous racontons dans cet épisode de Chasseurs de science.  


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Pour aller plus loin :


Musique :

The Pull, par Arend

The Osprey, par Ceridwen McCooey

Children Eating Corn et Ancient Basement, par Tim Kulig

Consequences, par Roger Gabalda

Outro par Patricia Chaylade

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Jan 29, 2022
Projet X-ray : les chauves-souris kamikazes du Dr Adams
19:23

L'histoire des chauves-souris de combat du Dr Adams, c'est aussi l'histoire de l'une des opérations militaires les plus loufoques de l'Histoire. Un scénario digne des meilleurs films hollywoodiens de l'époque, impliquant un chercheur farfelu, un bodybuilder, un pêcheur de homard, l’inventeur du napalm, des milliers de chauves-souris en colère, un gigantesque incendie accidentel et le chanteur Bing Crosby.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Extrait CBS du 7 décembre 1941

Do You Remember, par Richard Smithson

Anything Is Right et The Funny Bunch, par Giulio Fazio

Battle Hymn Of The Republic

Sneaky Snitch et Hall of the Mountain King, par Kevin MacLeod

I Don't Want To Set The World On Fire, The Ink Spots

Outro par Patricia Chaylade

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Jan 07, 2022
Michael Faraday et les Noëls explosifs de l'ère victorienne
8:49

En cette saison de fêtes, plongez au coeur du XIXe siècle et célébrez Noël comme les Victoriens : avec des sciences ! Durant cette époque où le progrès technique offre la promesse d’un avenir meilleur, les fêtes de fin d'année prennent une tournure inédite : expositions, démonstrations, spectacles et cadeaux à thématique scientifique apparaissent de toutes parts et captivent le public. Les scientifiques eux-mêmes deviennent des figures populaires que l’on retrouve jusque dans les oeuvres de fiction de Jules Verne ou de Charles Dickens. Parmi ces personnages, un en particulier marque l’histoire : Michael Faraday. 

Michael Faraday fut l’un des plus grands scientifiques de son siècle. Doté d’un esprit génial assorti à un enthousiasme enfantin, ce chimiste, inventeur et explorateur des domaines liés à l’électricité a su faire progresser la science de son époque comme nul autre et a étudié avec une curiosité insatiable le monde qui l’entourait. En 1824, il initie les conférences de Noël de la Royal Institution, que nous vous proposons de revivre pour un moment dans ce nouvel épisode de Chasseurs de sciences


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Dec 25, 2021
Rosalind Franklin, une femme à la conquête de l'ADN
10:32

Rosalind Franklin est la pionnière de l'une des découvertes scientifiques les plus importantes du XXe siècle. Elle est aussi une femme, victime de l'injustice des hommes de son milieu. Retour sur le parcours de cette chercheuse de génie.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Brave, par All Good Folks

A Voyage, par Arend

Days Of Change et A Place, par Simon Folwar

Variations (Lake Isabel), par Sonder House

Outro par Patricia Chaylade

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Dec 11, 2021
Fritz Haber, chimiste héroïque et meurtrier de guerre
15:15

La vie de Fritz Haber est teintée d'ambivalence. Il est le chimiste de génie qui sauvera le monde d'une famine assurée, mais aussi le patriote dont les aspirations nationalistes le mèneront sur la voie de la mort et de la destruction. Retour sur le parcours de cet homme brillant et terrible.


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Pour aller plus loin :


Musique :

A Brighter Future, par All Good Folks (Code de licence : J7MQE3GGYMTWOGGD)

Tears of the Calm Wind, par MusicLFiles

Tunnel, par Danijel Zambo (Code de licence : S8L04GJBMQAFBERH)

Subspace Communications, par Tim Kulig

Sea of Forgotten Tales, par Rafael Krux

Outro par Patricia Chaylade

License: https://filmmusic.io/standard-license

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Dec 04, 2021
L'astronome qui découvrit des extraterrestres sur la Lune
9:05

En 1835, une nouvelle extraordinaire frappe les lecteurs du Sun. L'astronome John Herschel aurait découvert de la vie sur la Lune, un écosystème tout entier qu'il décrira aux Américains.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Les Hébrides et Le Songe d'une nuit d'été par Felix Mendelssohn

License: https://filmmusic.io/standard-license

BBC Sounds



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Nov 27, 2021
Ada Lovelace, autrice du premier programme informatique... en 1843 !
12:16

Saviez-vous que les premiers ordinateurs datent du XIXe siècle ? Et que c'est à une femme exceptionnelle, Ada Lovelace, que nous devons la rédaction du premier programme informatique ? Retour sur la vie de cet esprit brillant.


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Musique :

Inspiring Classical Piano Waltz et Soft Sentimental Piano Dancing par MusicLFiles

Raindrops et Romantic Piano par Rafael Krux

Emotional Piano Improvisation, par Alexander Nakarada

License: https://filmmusic.io/standard-license

Zapsplat

BBC Sounds



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Nov 20, 2021
Henrietta Lacks, morte il y a 70 ans... et toujours vivante !
11:07

Emportée au jeune âge de 30 ans en 1951, Henrietta Lacks est pourtant bien vivante aujourd'hui encore. Dans le combat que mènent ses descendants pour réparer l'injustice dont elle a été victime, et dans tous les labos du monde, où elle participe à sauver des vies par milliers chaque année.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Raindrops, par Rafael Krux 

Accralate et Infados, par Kevin MacLeod

Trouble Of The World et You'll Never Walk Alone, par Mahalia Jackson

License: https://filmmusic.io/standard-license



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Nov 06, 2021
Tycho Brahe, l’astronome exubérant au nez de métal
9:55

Seigneur, alchimiste, astronome, personnage tonitruant. Tycho Brahe était toutes ces choses et bien plus encore. Esprit génial et original daignant toujours rêver plus loin, il marque les mémoires tant de par son héritage scientifique que de par les nombreuses anecdotes délectables qu'il laisse derrière lui. À l'occasion du 420ème anniversaire de sa mort, retraçons l'histoire de cet homme peu commun.


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Musique :

Outro par Patricia Chaylade

Blacksmith et One Bard Band, par Alexander Nakarada

Midnight Magic et Morning Rhythm, par Rafael Krux

Romantic Piano Chopin Inspiration, par MusicLFiles

License: https://filmmusic.io/standard-license



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Oct 22, 2021
Alfred Lacroix et l'éruption meurtrière de la montagne Pelée
10:56

Au début du XXe siècle, la montagne Pelée sort de son sommeil. Le volcan mythique déchaîne sa colère, causant en seulement quelques minutes la mort de 28.000 personnes. En l'absence de témoin oculaire pour narrer ce désastre, le professeur Alfred Lacroix devra s'en référer à la science pour retracer le récit de cette catastrophe historique.


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Pour aller plus loin :


Transcription du podcast :

L’archipel des Petites Antilles, constitué d’îles paradisiaques, nous fait rêver mais des catastrophes telluriques terrifiantes peuvent parfois s’y dérouler.

Cet archipel forme un arc volcanique, résultant de la tectonique des plaques. La plaque « Amérique du Sud » plonge sous la plaque « Caraïbe » par un phénomène de subduction, à la vitesse moyenne de 2 cm par an. Plusieurs volcans de cet arc sont appelés « soufrière » : du nord au sud, Soufrière de Montserrat, Soufrière de Guadeloupe, Soufrière de Dominique, Soufrière de Sainte-Lucie, et Soufrière de Saint-Vincent.

Mais en Martinique, département français d’outre-mer, il s’agit de la montagne Pelée, qui occupe le nord de l’île. Comme son nom l’indique, elle est recouverte d’une végétation rase. Le plus souvent, elle reste cachée par d’épais nuages.

En 1902, la montagne Pelée manifeste des envies de réveil…

Dès le mois de février, une odeur de soufre se répand sur Saint-Pierre, ville située au pied du volcan, à 8 km de son sommet. Dans les maisons, les objets en argent noircissent. Durant la fin du mois d’avril, des tremblements de terre se produisent, accompagnés de grondements sourds. Le 23 avril, l’éruption proprement dite débute. De la cendre tombe en abondance dans le quartier du Prêcheur et on n’y voit guère à plus de 2 m de distance.

Les habitants sont inquiets mais les plus anciens se montrent rassurants. Les précédentes éruptions, en 1851 puis en 1889, étaient restées relativement modestes, en particulier la dernière, qui s’était limitée à l'émission de fumerolles. Les autorités essayent de ne pas affoler la population : des élections sont bientôt prévues. Aussi, le journal « Les Antilles » du 30 avril 1902 titre-t-il : « La montagne Pelée a voulu simplement nous faire manger un poisson d’avril. » Mais tout ne fait que commencer.

Le matin du 3 mai, l’obscurité devient presque totale. Dans la nuit du 4 au 5, un orage éclate. Les éclairs zèbrent le ciel, les détonations se succèdent, la rivière Blanche déborde. À 12 h 45, une coulée de boue détruit l’usine Guérin, emportant avec elle les vingt-trois premières victimes.

Le 6 mai un petit dôme apparaît au fond du cratère, preuve que l’éruption acquiert un caractère « magmatique » alors qu’elle n’avait jusqu'à présent qu’un caractère « phréatique » comparable aux éruptions de 1851 et de 1889. Dans la nuit du 7, l’intérieur du cratère se pare de lueurs rougeoyantes.

Au matin du jeudi 8 mai, les cloches de l’église sonnent le jour de l’Ascension dans un ciel clair mais le glas des éléments prend le pas sur elles. À 8 h 01 se déchaîne la colère du volcan.

Une « nuée ardente », nuage brûlant de gaz, entraînant des cendres et des blocs, descend la vallée de la rivière Blanche et anéantit Saint-Pierre, Le Prêcheur, Sainte-Philomène. 28.000 personnes y trouvent une mort instantanée. Seuls deux miraculés survivent à sa course meurtrière. Le cordonnier Léon Léandre Compère est resté à l’abri au fond de son échoppe en demi-sous-sol, échappant de justesse à la nuée qui déferle au-dessus de sa tête. Le prisonnier Cyparis, arrêté pour « ivrognerie notoire », est protégé dans son cachot, dont la seule petite ouverture se trouve orientée à l’opposé du volcan. Il est néanmoins gravement brûlé. Il sera libéré quatre jours plus tard, assoiffé, affamé, terrorisé mais encore en vie. Ce triste épisode lui conférera une certaine notoriété, faisant du survivant de la colère de la Pelée une vedette du cirque « Barnum ».

En zone bordière, on raconte qu'une calèche se dirige vers Morne Rouge quand survient la nuée ardente. Les chevaux sont grillés sur place, les rênes coupées mais les passagers s’en sortent quasi indemnes. À l’époque, une « Commission du volcan », avait bien été nommée pour expertise mais celle-ci ne disposait alors que peu de moyens : pas de sismographe, pas d’hélicoptère. Quatre des cinq périssent dont Gaston Landes, professeur de sciences naturelles : terriblement brûlé, il décédera quelques heures après l’événement.

À Saint-Pierre, le désastre est total. Les importantes réserves d’alcool stockées dans les rhumeries s’enflamment et donnent naissance à un gigantesque incendie. Les eaux de la rade pâlissent sous leur couverture de cendres, et les bateaux qui y sont ancrés rejoignent les flammes. La nuée ardente a dévasté 58 km2. La veille, le 7 mai 1902, la Soufrière de Saint-Vincent, voisine, est entrée brusquement en éruption faisant 1.565 victimes.

À la Pelée, d’autres nuées suivent, de moins en moins intenses et de plus en plus espacées dans le temps : les 20 et 26 mai, le 6 juin et le 9 juillet. Mais une éruption plus puissante encore que celle du 8 mai est en train de se préparer. Le 30 août 1902, une nouvelle nuée ardente dévaste cette fois-ci une superficie deux fois plus importante, de 114 km2 auxquels s'ajoutent 48 km2 recouverts de cendres. Mille âmes perdent la vie à Morne Rouge. La phase « explosive » se poursuit durant plus d’une année.

Commence alors la phase « extrusive ». Un dôme visqueux, véritable aiguille de lave claire, surgit du cratère à partir de novembre 1902. À son pied, des nuées ardentes bien différentes des premières prennent forme et sont généralement suivies par l’effondrement de l’édifice brûlant. Ainsi, l’aiguille de lave visqueuse croît de 60 mètres en trois jours, pour atteindre ensuite une hauteur de 200 mètres avant de s’écrouler, de se reformer, et de s’ébouler à nouveau. Sans ces destructions successives, on imagine qu’elle aurait pu atteindre 850 mètres de hauteur. Cette phase « extrusive » prend fin le 5 octobre 1905, marquant le terme de l’éruption.

La terrible nouvelle de la catastrophe du 8 mai de la Pelée est rapidement arrivée en métropole. Alfred Lacroix, professeur de pétrographie et de minéralogie au Muséum à Paris, est missionné sur place. Il embarque le 9 juin et débarque 14 jours plus tard, le 23 juin, en Martinique. Il y séjourne jusqu'au 1er août et le bateau le ramène en métropole le 16 août. À peine a-t-il eu le temps d’arriver chez lui qu’il reçoit la nouvelle de l'éruption majeure du 30 août et décide de repartir, accompagné de Madame Lacroix, pour une mission plus longue. Il faut rassembler tout le matériel nécessaire : des microscopes feront partie du voyage et les frères Lumière eux-mêmes lui confient leurs meilleures plaques photographiques. Il séjourne au pied de la Pelée du 1er octobre 1902 au 13 mars 1903. Le scientifique rapportera des clichés d'une importance primordiale, qui font encore autorité aujourd'hui.

Avec le capitaine Perney, ils procèdent à des chronométrages précis de la vitesse de propagation des nuées ardentes. Ils mesurent des vitesses moyennes situées entre 10 et 27 m/s, avec un maximum à 50 m/s (soit 180 km/h) en début de progression. Ces observations, comme nombre d’autres réalisées par Alfred Lacroix, restent encore valables de nos jours.

Pour estimer la vitesse de la nuée ardente du 8 mai, le chercheur emploie une autre méthode. Comme aucun témoin oculaire n'a survécu à l'éruption, il faudra s’en référer aux calculs. Heureusement, plusieurs indices sont à sa disposition. La statue monumentale de Notre-Dame-du-Bon-Port a été arrachée de son socle et emportée. Les 290 tonnes du phare de la place Bertin ont été soufflées comme un fétu de paille. De tels déplacements nécessitent des vitesses de l'ordre de 130 à 150 m/s, soit 500 km/h. L'onde de choc qui précéda, encore plus rapide, atteignit 200 m/s soit 700 km/h, et provoqua un écart de pression de 36 mm de mercure en quelques millisecondes.

Lacroix essaie également d’estimer la température des nuées ardentes. En étudiant les dégâts causés à différents types de matériaux sur place, comme le bois, les métaux et le verre, et tout en prenant en compte l’impact parfois supérieur de l'incendie de Saint-Pierre sur ces mêmes objets, il estime une température maximale de 500 degrés.

C’est lui qui offre au terme « nuée ardente », déjà utilisé aux Açores, sa véritable définition : une émulsion dense et très chaude de solide, liquide et gaz, qui se propage très vite et représente un risque volcanique majeur. Le grand livre de Lacroix, 662 pages publiées chez Masson en 1904, demeure la bible des volcanologues actuels. Un observatoire volcanologique, qui porte son nom, a été bâti plus tard au Morne des Cadets.

L’activité de la montagne Pelée a connu une reprise d’activité en 1929-1932, avec des nuées ardentes de moindre importance et aucune victime à déplorer. Mais encore aujourd’hui, elle ne dort que d’un œil…

Je suis Jacques-Marie Bardintzeff, volcanologue et professeur à l’université Paris-Saclay. J’ai choisi de raconter l’histoire de la montagne Pelée qui m’a toujours interpellé. Déjà gamin, mon grand-père – qui était né en 1897 – racontait qu’il se souvenait qu’en métropole on parlait de la catastrophe de la montagne Pelée, qu’il y avait même des quêtes pour les survivants, pour les blessés. Et quand j’ai commencé ma thèse sur les nuées ardentes le professeur Brousse, mon patron, m’a confié l’énorme livre d’Alfred Lacroix que j’ai lu au cours de l’été suivant, et ç’a été le début de ma thèse. Et quand je suis allé pour la première fois à la montagne Pelée, c’était en fait pour aller plutôt à Saint-Vincent où il y avait une éruption. J’avais fait une escale à la montagne Pelée, j’avais dormi à l’observatoire. Et j’avais 24 ou 25 ans, j’étais tout jeune volcanologue. Et je me pinçais en disant « Mais tu réalises ton rêve, t’es à la montagne Pelée. T’en as entendu parlé et là tu y es vraiment, tu la vois devant toi ! » C’était, oui, extraordinaire pour moi. 

La montagne Pelée, elle est emblématique de la Martinique. Tous les Martiniquais la connaissent, l’admirent aussi, la craignent. Car quand on va à Saint-Pierre, ce n’est pas anodin, on voit encore les traces de la nuée ardente, on voit encore des ruines, des dégâts. On voit le théâtre qui a été détruit, des maisons emportées. On voit cette montagne Pelée qui ne dort que d’un œil, qui est toujours là. Bien sûr maintenant elle est très surveillée, par un observatoire qui est performant avec des gens compétents. Mais effectivement il y a du respect, et également c’est l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire. 28.000 morts en une minute plus 1.000 quelques mois après, c’est beaucoup. Donc c’est vrai que même les chercheurs étrangers souhaitent venir à la montagne Pelée, c’est pour eux un peu incontournable, c’est un pèlerinage. C’est un volcan mythique dans le monde de la volcanologie.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !


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Oct 09, 2021
Armand David, sur les traces du mystérieux ours-chat
9:59

En 1862, Armand David, jeune prêtre lazariste, réalise son rêve : partir en Chine pour étudier sa faune et sa flore. Sa curiosité sans limite le conduit loin des villes, sur les pentes raides des montagnes du Sichuan. Sur les traces du mythique ours-chat, il découvre de nombreuses autres espèces étonnantes qui rejoindront les collections du muséum d'Histoire naturelle de Paris.


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Pour aller plus loin :


Transcription du podcast :

16 Octobre 1861. Une missive de la plus haute importance arrive enfin à destination. Envoyée depuis Paris, elle a traversé la France jusqu'à Savone, près de Gêne en Italie. À 35 ans, le père Armand David l’a attendue toute sa vie. Il dévore les lignes écrites par Monsieur Etienne, superviseur général de son ordre, les Lazaristes, avec un grand sourire. 

Son rêve devient réalité, il a été choisi, avec d'autres Lazaristes, pour une mission à l’autre bout du monde : construire un collège religieux à Pékin. Armand David sait déjà qu’il passera plus de temps dans les forêts impénétrables de Chine qu’à poser des briques. Car la demande émane aussi de l’administrateur du muséum d’Histoire naturelle de Paris, le zoologiste Henri Milne-Edwards, qui a besoin des missionnaires pour faire avancer la recherche scientifique française.

Il répond avec enthousiasme à son supérieur : « C’est seulement hier que j’ai eu la bonne lettre de Mr, dans laquelle ce bien-aimé Confrère m’écrit que vous avez la bonté de me proposer de faire partie de la colonie de Missionnaires qui va partir pour fonder un collège à Pékin. J’accepte de tout cœur cette invitation pour une destination qui a été si longtemps le rêve de ma jeunesse. »

Si Armand David a choisi de consacrer sa vie à Dieu en entrant dans les ordres, il a une autre passion dévorante : les sciences naturelles. Depuis sa tendre enfance à Espelette et encouragé par un père médecin, Armand se passionne pour les animaux, les insectes et les plantes qu’il étudie, collectionne et conserve précieusement. Lorsqu’il prononce ses vœux à Paris en novembre 1850, le jeune religieux de 24 ans rêve déjà d’ailleurs.

Il intègre un collège de Lazaristes près de Gênes, un ailleurs un peu trop proche pour lui, mais qui lui permet de s’adonner à sa passion pour les sciences naturelles qu’il enseigne à ses étudiants. La missive d’octobre 1861 est le point de départ d’une aventure extraordinaire sur les traces de la faune et de la flore de Chine, alors inconnue de l’Occident, et de l’ours-chat, un animal considéré comme mythique.

Il pose ses valises à Pékin à l’été 1862 et déjà ne tient plus en place. Tout en apprenant le mandarin, Armand David se lance dans ses premières expéditions autour de la ville et recueille ses premiers spécimens. Il use de diplomatie pour accéder à des endroits interdits aux occidentaux. Derrière une muraille, il est le premier à observer un troupeau d’une centaine de « rennes qui tiennent du cerf par les bois, de la vache par les pieds, du chameau par le cou et du mulet par la queue. » Un animal étrange et totalement inconnu à Paris qui sera plus tard nommé en son honneur : le cerf du père David. 

Après ces pérégrinations autour de Pékin, Armand David souhaite s’enfoncer plus loin en Chine, loin des villes. Il veut voir les montagnes et les forêts primaires du Tibet à l’est du pays.

En mai 1868, il embarque son matériel de naturaliste et, avec ses accompagnateurs, part vers le Tibet. La route est périlleuse, à peine tracée entre les montagnes et les forêts. Pour se repérer, Armand David et sa suite longent le lit tortueux du Fleuve Bleu, le Yangzi. L’été est doux et ensoleillé mais l’automne humide et boueux. Après six mois de marche compliquée dans la forêt, ils atteignent Chengdu, chef-lieu du Sichuan, début décembre avant les premiers grands froids. Là-bas, il entend quelque chose qui pique sa curiosité de naturaliste. Monseigneur Pinchon, en poste dans la région, lui fait part d’une rumeur tenace : les environs de Muping, une ville perdue dans les montagnes du Sichuan où il prêchait, sont le territoire d’un ours blanc qui ne ressemble à aucun autre. Il n’en fallait pas plus pour conduire Armand David un peu plus loin de les montagnes.

Il séjourne à Muping de mars à novembre 1869. La ville devient le point de départ de ses explorations à la recherche du mystérieux ursidé. L’homme rencontre pour la première fois l’objet de ses convoitises sous la forme d’une peau tendue chez un riche propriétaire terrien, le 11 mars 1869.

« En revenant de notre excursion, nous sommes invités à nous reposer chez un certain Li, le principal propriétaire de cette vallée, qui me régale de thé et de sucreries. Je vois chez ce païen une peau plate du fameux ours blanc et noir, qui me paraît assez grande : c'est une espèce très-remarquable, et je me réjouis en entendant dire à mes chasseurs que j’obtiendrai certainement cet animal dans un court délai ; dès demain, me dit-on, les chasseurs vont se mettre en campagne pour tuer ce carnassier qui paraît devoir constituer une nouveauté intéressante pour la science. »

Car si Armand David est un naturaliste, il est aussi passionné par la chasse. En Chine, il tuera de nombreux animaux pour enrichir sa collection personnelle et les tiroirs du muséum d’Histoire naturelle de Paris.

Mais les chasseurs reviennent bredouille. L’ours est rare et les montagnes sont impénétrables. C’est seulement après une expédition de dix jours dans la forêt, qu’ils reviennent avec un jeune ourson mort. Armand David écrit : « Le jeune ours blanc, qu'ils me vendent fort cher, est tout blanc, à l'exception des quatre membres, des oreilles et du tour des yeux, qui sont d'un noir profond. Ces couleurs sont les mêmes que celles de la peau adulte que j'ai examinée l'autre jour chez le chasseur Li. Il s'agit donc ici d'une espèce nouvelle d'ursidé qui est très remarquable non seulement par sa couleur, mais encore par ses pattes velues en dessous et par d'autres caractères. »

Ces quelques lignes sont la première description considérée comme scientifique du panda géant. Les jours suivant cette première capture, les chasseurs d’Armand David rapportent plusieurs autres pandas, adultes cette fois-ci. Visiblement, il est beaucoup plus facile à capturer que l’ours noir d’Asie. Son caractère placide et pataud en fait une proie facile, il n’est pas agressif et avale des quantités astronomiques de bambou, assis dans la forêt.

Armand David fait part de sa découverte à Henri Milne-Edwards du muséum d’Histoire naturelle et demande à ce que l’ours soit nommé Ursus melanoleucus, l’ours noir et blanc. Après cette fantastique découverte, le religieux quitte Muping en novembre 1869. Durant son séjour, il a collecté 676 spécimens de plantes, 441 d'oiseaux, et 145 de mammifères.

Il rentre à Paris le 20 juin 1871 et s’inquiète de l’état de ses précieux spécimens. En effet, l’année d’avant la guerre franco-allemande a éclaté et Paris est assiégé jusqu’en janvier 1871. Il est vite rassuré « J'eus la satisfaction d'apprendre que ni les 80 obus prussiens qui étaient tombés au jardin des Plantes, ni le pétrole des Communeux, n'avaient fait un trop grand mal aux riches collections de notre établissement scientifique et que, en particulier, les objets provenant de mes envois étaient tous sains et saufs. »

Armand David part encore deux fois en Chine avant de rentrer définitivement en France en 1875. Il consacre la fin de sa vie à la création d’un cabinet d’histoire naturelle et à l’écriture d’un ouvrage richement illustré appelé Les oiseaux de Chine. Il s'éteint finalement en novembre 1900, à l'âge de 74 ans.

On attribue au prêtre naturaliste la collecte de 2.919 spécimens de plantes, 9.569 d'insectes, arachnides et crustacés, 1.332 d'oiseaux et 595 de mammifères. Parmi les plus emblématiques, il y a le cerf du père David, le rhinopithèque de Roxellane – un singe caractérisé par sa tête bleue – et évidemment le panda géant.

D’ailleurs saviez-vous que les zoologistes se sont déchirés sur la taxonomie de cet ours pas comme les autres ? Pour Armand David, c’était un ursidé, mais pour un de ses confères, il est plus proche du panda roux et des ratons laveurs. Ainsi pendant un temps, le panda a été classé avec le panda roux dans une branche à part de l’arbre du vivant. Mais aujourd’hui, les scientifiques le considèrent comme un ursidé. D'ailleurs, on a longtemps cru qu'il était carnivore alors que son régime alimentaire est composé de 99 % de végétaux. Décidément, le panda ne rentre dans aucune case.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Au texte et à la narration : Julie Kern. (Dans le rôle du père Armand David : Guillaume Coolen.) Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser une note et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien d’autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !


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Patricia Chaylade

Raindrops et Silent Motion, par Rafael Krux

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Red Silk Dance et Sweetheart, par NCM



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Sep 25, 2021
Howard Carter et la malédiction de Toutankhamon
10:49

Le lieu de repos du légendaire pharaon Toutankhamon est sans l'ombre d'un doute le tombeau le plus connu d'Égypte. Construit il y a des milliers d'années et recherché par les archéologues occidentaux durant plus d'un siècle, il provoque dès son ouverture un soulèvement de l'opinion publique, libérant à la manière de la boîte de Pandore des histoires de malédictions et d'empoisonnement. Retraçons ensemble l'histoire de sa découverte et des événements qui ont suivi.


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Pour aller plus loin :


Transcription du podcast :

Égypte, 1922. Tout n’est que lumière, poussière et sueur dans le bruit des pelles heurtant le gravat blanc. Niché dans le giron aride de la nécropole thébaine, le site de fouilles de la vallée des Rois renvoie au soleil son éclat aveuglant. Sous le regard brûlant d’Howard Carter, de Lord Carnarvon et de sa fille Evelyn, les ouvriers couverts de sueur déblayent un grand escalier de pierre. Cela fait des années qu’ils explorent avec une conviction vacillante cette étendue ingrate, résolue à ne plus céder aucun trésor. Mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Aujourd’hui, ils ouvrent une tombe. Au-dessus de l’escalier s’enfonçant dans le sol, le jeune porteur d’eau trépigne alors qu’un cartouche apparaît sous la caillasse crayeuse. Tous les yeux se fixent sur l’inscription gravée dans la pierre, et des cris de joie se mêlent aux soupirs de soulagement alors qu’une voix énonce dans un souffle : « Toutankhamon ».

Howard Carter naît le 9 mai 1874 dans le quartier de Kensington, à Londres. Il est le plus jeune d’une fratrie de onze enfants, fils de l’illustrateur Samuel John Carter et de Martha Joyce. Durant son enfance, son père lui apprend à dessiner, et bien que le jeune Howard ne reçoive qu’une éducation limitée à l’école, ses talents artistiques ne tardent pas à se faire remarquer. Ils attirent notamment l’attention de Lady Margaret Amherst, une riche amie de la famille dont la demeure de Didlington Hall abrite un petit musée d’antiquités égyptiennes construit par son père. Cette collection d’objets exotiques et mystérieux captive l’imagination de Howard. Statuettes, masques, bijoux et même momie ornent les vitrines devant lesquelles il se campe en compagnie de son père, crayon en main. Sa technique et sa curiosité font forte impression sur Lady Amherst qui décide d’utiliser son influence pour permettre au jeune homme d’assouvir sa passion.

Après une lettre de recommandation envoyée par la riche patronne au Fonds d’Exploration de l’Égypte, Howard part comme apprenti sur le site de fouilles de Beni Hassan, à l’âge de seulement 17 ans. Aux côtés de Percy Newberry, un ami des Amherst, il a pour tâche de reproduire les dessins et inscriptions découverts dans les tombes vieilles de plusieurs milliers d’années. Une mission dont il s’acquitte avec succès, améliorant au passage les méthodes de retranscription employées à son époque. L’année suivante, il travaille à Amarna, ancienne capitale du pharaon Akhenaton, puis il rejoint Édouard Naville à Deir el-Bahari, où il reproduit cette fois-ci les bas reliefs du temple d’Hatchepsout.

Il ne lui faut que huit ans pour être désigné inspecteur des monuments par le Service des Antiquités Égyptiennes, puis en 1906, il rejoint l’équipe de l’Américain Theodore Davis dans la vallée des Rois. Davis n’est pas un piètre archéologue, loin de là. Durant ses travaux de fouilles entre 1902 et 1913, lui et son personnel découvrent pas moins de 24 tombes, dont celles de Ramsès IV et de Thoutmôsis IV. Mais il commet une erreur critique : en excavant la tombe KV57, il découvre plusieurs objets portant le nom de Toutankhamon, l’amenant à conclure qu’il a mis au jour l’ultime demeure du jeune pharaon, une chimère qui échappe aux plus grands archéologues depuis 100 ans. Celle-ci est en réalité celle d’un autre régent, baptisé Horemheb, mais Davis réalise son erreur trop tard. Alors que le tombeau de Toutankhamon se situe seulement à quelques coups de pelle sous ses pieds, il interrompt ses recherches au bout de quelques années en déclarant que la vallée des Rois a probablement livré tous ses secrets, et passe la concession à un certain lord Carnarvon.

Après un accident de voiture qui l’a irrémédiablement affaibli en 1903, Carnarvon s’est vu exhorter par ses médecins à passer ses hivers hors de l’Angleterre. Avec sa femme, ils choisissent l’Égypte comme rédisence secondaire et tombent amoureux du pays et de son histoire. Collectionneur avide d’antiquités, l’earl anglais commence à financer des chantiers de fouilles dès 1907, où il emploie les services du très apprécié Howard Carter. Un choix qu’il ne regrettera pas car Carter connaît la vallée des Rois comme sa poche, et lorsque les travaux reprennent sous la supervision de Carnarvon en 1914, il a bien l’intention de le mener jusqu’à la tombe de Toutankhamon. La victoire n’est plus très loin, il en est sûr, mais elle se fera encore attendre. Longtemps.

En effet, en 1922, démoralisé par leurs maigres résultats, le lord annonce qu’il s’agira là de leur dernière année de fouilles. Howard est amer mais pas encore vaincu. Avec son équipe, ils explorent chaque recoin, et se tournent finalement vers une rangée de huttes visiblement peu prometteuse qui avait été abandonnée quelques années plus tôt. C’est leur jeune porteur d’eau, Hussein Abdel-Rassoul, qui repère le premier la pierre qui marque l’entrée du tombeau. Une simple marche dissimulée sous les gravats.

Le 4 novembre 1922, Lord Carnarvon, alors en Angleterre, reçoit le télégramme triomphant de Carter : 

« Enfin nous avons fait une découverte formidable dans la vallée ; une magnifique tombe aux sceaux intacts ; recouverte jusqu’à votre arrivée ; félicitations ».

Près de trois semaines plus tard, Carter, Carnarvon, sa fille Lady Evelyn et le reste des ouvriers anonymes travaillant sur le site découvrent avec exaltation le cartouche portant le nom du pharaon. Une brèche dans la première porte leur révèle un couloir rempli de gravats qui prendra deux jours à déblayer. Au bout de celui-ci, une nouvelle porte scellée marque l’entrée de l’antichambre. Carter, au comble de l’enthousiasme, pratique une percée suffisamment grande dans la pierre pour pouvoir y passer la tête. Le cœur battant, il avance une bougie allumée par l’ouverture afin de s’assurer qu’aucun gaz nocif ne règne de l’autre côté. Et pendant un instant, le groupe se demande vraiment si Carter, désormais immobile et les yeux écarquillés, n’a pas été victime de quelque empoisonnement. Mais comme celui-ci le raconte :

« Au début, je n’y voyais rien, car l’air chaud s’échappant de la chambre faisait vaciller la flamme ; mais un moment plus tard, alors que mes yeux s’accoutumaient à sa lumière, les détails de la pièce émergèrent doucement de la brume : d’étranges animaux, des statues, et de l’or – partout le scintillement de l’or.»

Après un silence, Carnarvon, inquiet, se penche vers son ami et lui demande s’il parvient à apercevoir quelque chose. 

« Oui », répond Carter, « des choses merveilleuses. » Plus de 5.000 objets qu’il faudra près de 8 ans à extraire du tombeau en suivant la méthode d’archivage méticuleuse de Carter. Un triomphe pour l’archéologue et l’ensemble de l’expédition qui demeure à ce jour l’une des plus grandes découvertes jamais réalisées en Egypte. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car comme vous le savez, impossible aujourd’hui de prononcer le nom de Toutankhamon sans parler de la présumée malédiction qui lui serait rattachée.

Deux mois après l’ouverture de la chambre funéraire, à l’âge de 56 ans, Lord Carnarvon meurt d’une terrible infection et immédiatement l’opinion publique s’emballe. Certains proclament qu’il s’agit d’une juste conclusion pour celui qui a désacralisé la tombe d’un roi, tandis que d’autres se perdent en spéculations sur les sorts et les poisons qui ont pu causer la mort du lord. Après tout, on raconte que son canari aurait été dévoré par un cobra, puis que sa servante aurait contracté l’appendicite la veille de l’ouverture du tombeau ! Puis il paraît qu’une épidémie de furoncles est apparue dans plusieurs coins d’Europe le jour de l’ouverture, figurez-vous, et que sa femme est tombée malade dans l’avion qui l’amenait au côté de son mari mourant. Bref, tout le monde y va de son opinion et chaque élément qui pourrait servir à corroborer l’hypothèse plus que vacillante d’une malédiction est mis à contribution. Arthur Conan Doyle lui-même, certes célèbre auteur de Sherlock Holmes mais également fervent défenseur du spiritisme, expose immédiatement son avis aux journaux : la tombe de Toutankhamon était gardée par des élémentaires, des esprits créés par les prêtres du pharaon pour protéger sa dépouille. L’affaire circule dans le monde entier, et l’on raconte que Mussolini, grand superstitieux, se serait débarrassé in extremis de la momie qu’il conservait au palais Chigi par crainte d’être lui aussi victime d’un sort. L’histoire ne tarde pas à se transformer en légende, et durant les années puis les décennies suivantes, les individus les plus influençables continuent de chercher des preuves dans les événements qui suivent la découverte du tombeau. La maladie de Carter en 1924, la mort d’un riche Américain en visite dans la vallée des Rois, puis celle de plusieurs membres de l’équipe qui a découvert la tombe sont autant d’arguments avancés par les crédules. Mais la science se charge vite de démentir ces assertions.

D’après les rapports médicaux, Carnarvon serait mort d’une infection générale doublée d’une pneumonie, conséquences d’une piqûre de moustique mal soignée durant son voyage. Les sceptiques se hâtent d’autre part de démontrer que la plupart des personnes ayant visité la tombe ont vécu sans encombres, puisque sur les 58 individus présents au moment de l’ouverture du tombeau puis du sarcophage, seulement 8 sont morts dans les douze années qui ont suivi, aucun d’entre eux à un âge situé en dessous de l’espérance de vie de l’époque. Les archéologues ont également assuré qu’aucune malédiction n’avait été découverte gravée sur les murs de la chambre, contrairement à ce qu’avançaient certains. Et Howard Carter lui-même affirma que ces histoires de malédictions n’étaient que balivernes et que l’esprit d’un égyptologue ne devait pas se définir par un sentiment de peur idiote, mais par un respect et une admiration profonde pour ce qu’il explore. Et pourtant, aujourd’hui encore la légende de Toutankhamon fait parler d’elle, comme bien d’autres mythes à la peau dure et certains croyances, plus dangereuses.

Howard Carter meurt d’un lymphome de Hodgkin dans son appartement londonien, le 2 mars 1939. Seules neuf personnes seront présentes à l’enterrement de cet éternel solitaire qui ne laisse derrière lui ni compagnon ni enfant, mais un formidable héritage pour le monde de l’archéologie.

En 2015, le chercheur Nicholas Reeves, avec une détermination digne de son prédécesseur, suggère que la tombe de Toutankhamon abriterait les portes de deux chambres encore inexplorées. Après d’âpres débats, des données collectées en 2019 semblent confirmer que des pièces probablement encore remplies de gravats resteraient à explorer derrière ces murs érigés il y a plusieurs milliers d’années.


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Energizing, par Kevin MacLeod

Desert Night, par Sasha Ende

Sandstorm, par Alexander Nakarada

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Sep 11, 2021
Agnodice, la légendaire accoucheuse déguisée en homme
8:56

Dans la Grèce antique, la médecine est une affaire d’hommes. Mais Agnodice, une jeune Athénienne, est bien décidée à devenir gynécologue. Sous une fausse identité, elle devient l’accoucheur (en réalité accoucheuse) la plus populaire de la ville. Au grand dam des hommes qui se vengeront d’elle.


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Pour aller plus loin :


Musique :

Patricia Chaylade

Act II Hygro, par Jo Wandrini

Ancestors et The Beginning, par Gavin Luke

Oreste et Fragments instrumentaux de Contrapollinopolis, par l’ensemble Kerylos



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Aug 28, 2021
Anatoli Bugorski, la tête coincée dans un accélérateur de particules
10:30

Anatoli Bugorski est une figure exceptionnelle dans l'Histoire de l'humanité. À l'âge de 36 ans, le doctorant en physique passe accidentellement la tête dans le faisceau intense d'un accélérateur de particules. Il se souvient avoir été submergé par une lumière aveuglante, plus intense que mille soleils. Mais ce que les médecins n'arrivent pas à comprendre, c'est comment il peut être encore en vie après cet incident...


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Pour aller plus loin :


Transcription du podcast :

13 juillet 1978, Protvino. Le vrombissement du synchrotron U-70 résonne contre les murs de béton de son cercueil souterrain. L’appareil est un monstre de puissance, l’accélérateur de particules le plus puissant de l’union Soviétique. À l’intérieur de son anneau de métal, les protons sont propulsés à des vitesses dépassant l’imagination humaine, sous l’impulsion d’énormes aimants. Une autre dimension s’anime sous l’épaisse couche d’acier qui la sépare du monde des humains, un monde hautement énergétique et radicalement hostile à toute forme de vie qui s’y trouverait. De l’autre côté de la barrière, les chercheurs s’animent. Il semblerait que le détecteur du synchrotron fasse encore des siennes.

C’est alors au tour d’Anatoli Bugorski d’entrer en action. Le doctorant âgé de 36 ans se saisit du micro et avertit l’opérateur qu’il sera aux côtés de l’appareil d’ici cinq minutes, afin de contrôler l’origine de l’anomalie. Dans les enceintes de son poste d’observation, une voix grésillante lui parvient en retour. Très bien, les rayons mortels de l’accélérateur seront désactivés dans cinq minutes. Anatoli se précipite vers la salle où repose le démon qui le nargue. Il a quelques minutes d’avance, mais l’ampoule éteinte au-dessus de la porte lui indique que la voie est déjà libre. Le lourd panneau de métal s’ouvre sans opposer de résistance. Anatoli est dans l’antre de la bête. Il s’en approche. Place sa tête entre l’anneau et le détecteur capricieux. Une lumière aveuglante envahit son champ de vision.

Né le 25 juin 1942 dans l’oblast d’Orel, Anatoli Bugorski est l’une des figures les plus extraordinaires de l’histoire de la médecine, et peut-être même de l’histoire de l’humanité tout entière. 

Ce physicien des particules travaille durant la majeure partie de sa vie à l’institut de physique des hautes énergies de Protvino, un campus plus qu’une ville, dont le drapeau vert et bleu est traversé par un atome sur un rayon de lumière.

Là bas, il fait partie de l’équipe qui s’occupe du U-70, un accélérateur soviétique capable de concentrer les rayons les plus énergétiques au monde au moment de sa construction. Prenant la forme d’un anneau de métal de près d’1,5 kilomètre de long, son pourtour est constellé d’aimants qui propulsent les particules qu’il renferme à 99% de la vitesse la plus élevée dans l’univers. Une ouverture pratiquée sur sa trajectoire permet aux chercheurs d’extraire le rayon de sa course folle. Traversant la pièce à l’air libre, celui-ci percute alors un détecteur chargé d’analyser le signal.

Il va sans dire que se mettre en travers du trajet de dizaines de milliers de millions de particules hautement chargées, ou même se promener dans la pièce durant leur voyage vers le détecteur n’est pas une manœuvre recommandée. Nous sommes encore à quelques années de la catastrophe de Tchernobyl, mais les scientifiques et les médecins sont loin d’ignorer les conséquences dramatiques que peuvent avoir les radiations sur le corps.

À Protvino, un ensemble de protocoles a été mis en place afin de protéger les employés d’un accident fatal. Un opérateur est chargé de contrôler l’allumage et l’extinction du rayon du synchrotron, et doit être systématiquement contacté avant d’accéder à la chambre qui le renferme. L’appareil, pour sa part, se trouve derrière une porte de métal surplombée d’une ampoule, respectivement verrouillée et allumée lorsque celui-ci est en activité. 

Anatoli connaît bien la procédure, il l’a déjà réalisée des dizaines de fois. Le 13 juillet 1978, lorsque le détecteur qui leur a donné du fil à retordre dernièrement se détraque à nouveau, il contacte l’opérateur une fois de plus en lui annonçant qu’il sera au niveau de la machine dans 5 minutes. Il est alors loin de se douter qu’un malheureux concours de circonstances est sur le point de changer sa vie.

Anatoli s’engage en courant dans le labyrinthe de béton qui mène au synchrotron. Dans son zèle, il arrive devant la porte en avance. Son premier réflexe est de lever les yeux vers l’ampoule. Éteinte. La voie semble libre. Étrange, car il serait prêt à jurer que les cinq minutes ne sont pas encore écoulées. Il tente d’actionner la porte et celle-ci s’ouvre sans difficulté, manifestement déverrouillée. Il entre dans la pièce. L’appareil émet son ronronnement familier. Il longe d’un pas vif les segments de métal peint en direction du détecteur. Arrivé à son niveau, il se place entre celui-ci et la section de l’anneau d’où émerge habituellement le flux de protons, afin de trouver l’origine du problème. Mais voilà : Anatoli est arrivé en avance, l’ampoule au-dessus de la porte a grillé sans que quiconque ne le remarque, ses collègues n’ont pas songé à reverrouiller la porte à la fin de l’expérience précédente, et le flux de protons est toujours en train de traverser la pièce.

Le rayon voyage à près de 300 millions de mètres par seconde à travers la peau du physicien, son crâne, son cerveau et ressort pour atteindre le détecteur déficient. Une lueur intense, plus aveuglante qu’un millier de soleils sature sa rétine. Il recule d’un mouvement brusque, son cœur battant la chamade. Il n’a rien senti, pas de douleur, pas de brûlure, mais il n’est pas dupe : il a de la chance d’être encore en vie, et le pire est probablement à venir.

Après avoir effectué les manœuvres requises sur le détecteur une fois le rayon désactivé, Anatoli consigne les détails de son travail dans le journal de bord sans faire mention de l’incident. Il rentre chez lui sans avertir ses collègues. Il va se coucher le ventre tordu par l’inquiétude, en se demandant comment son organisme va réagir à l’irradiation. Et lorsqu’il se réveille après une nuit tourmentée, il trouve la réponse dans son miroir. Son visage est méconnaissable, le côté gauche endolori et sévèrement boursouflé. Le physicien est envoyé d’urgence à l’hôpital numéro 6 du ministère de l’industrie nucléaire, spécialisé dans ce type de blessure.

Sur place, les médecins sont ébahis. Jamais ils n’ont entendu une histoire pareille, et au début, peu de personnes sont prêtes à accorder du crédit au récit d’Anatoli. Mais en quelques jours, une ligne fine et sombre apparaît le long de sa narine gauche et une petite zone à l’arrière de son crâne se dénude alors que ses cellules meurent et que ses cheveux tombent. La trajectoire suivie par le rayon se lit littéralement sur sa tête. À partir de ces manifestations inédites, les spécialistes concluent qu’un faisceau de 2 à 3 millimètres a traversé le nez, le lobe temporal et le lobe occipital de leur patient. Ils estiment également que son organisme a été exposé à une dose d’énergie située entre 200.000 à 300.000 rads, soit près de 300 fois la dose létale pour un être humain. Anatoli n’a aucune chance de s’en sortir. C’est déjà un miracle qu’il tienne sur ses deux jambes.

Les jours passent. La peau située sur la trajectoire du faisceau se nécrose puis se reforme. Le physicien est parfois affligé de crises d’épilepsie ou de moments d’absence ; il a perdu l’audition dans son oreille gauche, la moitié de son visage est paralysée à vie, et réfléchir lui demande désormais un effort conséquent. Et pourtant, Anatoli finit par retourner à Protvino, où il obtient son doctorat.

Sa survie extraordinaire tient à trois facteurs. Pour commencer, il semblerait que le faisceau de l’accélérateur ait été suffisamment focalisé pour suivre une ligne fine et droite, et n’attaquer que des zones très localisées situées sur son passage. Second point : aucun élément vital, – moelle épinière, glandes ou artères – n’a été atteint durant l’exposition au rayonnement. Même s’il ne sera plus jamais vraiment le même homme, la plasticité cérébrale mêlée au travail d’autoguérison de son corps lui permettent de retrouver la majeure partie de ses capacités cognitives et physiques. Enfin, la troisième chose qui lui a sauvé la vie tient, paradoxalement, à la puissance du rayon qui lui a traversé la tête. Lorsqu’un faisceau de particules traverse de la matière, il libère le maximum de son énergie juste avant d’être complètement stoppé dans sa course. C’est ce que l’on appelle le pic de Bragg. Ce pic est ce qui nous permet de calibrer la puissance d’un rayon de particules en radiothérapie, afin que celui-ci se décharge principalement au lieu de la tumeur. Plus le faisceau est puissant, plus il traversera de matière avant d’atteindre son pic de Bragg, et c’est exactement pour cette raison que le cerveau et le reste de l’organisme d’Anatoli ont réchappé de l’incident relativement indemnes.

Malheureusement, son handicap ne sera jamais véritablement reconnu par le gouvernement. Alors que les victimes de la catastrophe de Tchernobyl sont prises en charge par la mère-patrie, le physicien lutte avec une administration kafkaïenne. Il tente de s’expatrier en Europe de l’Ouest pour y servir de rat de laboratoire et obtenir en échange le précieux traitement qui lui permet de vivre avec les séquelles laissées par l’incident, mais il ne parvient jamais à quitter le territoire. Il devra payer de sa poche la meilleure partie de ses remèdes contre l’épilepsie et n’obtiendra jamais le statut de victime d’irradiation.

Aujourd’hui, plus de 30 ans après le démembrement de l’Union soviétique et du synchrotron U-70, Anatoli Bugorski est toujours en vie, profite d’une retraite bien méritée à l’âge de 79 ans. Son histoire ne sera déclassifiée que 10 ans après l’incident pour rejoindre les nombreux témoignages des victimes de Tchernobyl. Un des leurs mais toujours un cas unique et isolé, il demeure encore aujourd’hui l’homme qui a survécu à l’assaut de mille soleils.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !


Musique :

Patricia Chaylade

Cinema Blockbuster Trailer 15, par Sascha Ende®

Elegant Classical Piano Waltz, par MusicLFiles

Running Away, par Rafael Krux

License: https://filmmusic.io/standard-license

Decomposed, par Philip Ayers

The Storage, par Lennon Hutton

Thread The Needle, par Gravin Luke



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Aug 14, 2021
À la recherche des mythiques sources du Nil [REDIFFUSION]
13:28

C'est l'été ! Redécouvrez les épisodes de Chasseurs de Science en randonnée, en voiture ou à la plage. Bon voyage !


Vénéré par les Égyptiens et indispensable aux habitants de ses rives, le Nil n’en reste pas moins un fleuve mal connu. Une question demeure : où est située la source du Nil ?


De l’Antiquité à nos jours, des explorateurs et des têtes brûlées ont essayé de répondre à cette question. Cet épisode de Chasseurs de science vous propose de revivre leurs aventures toujours pleines d’imprévus.


Pour aller plus loin :



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Aug 07, 2021
Marianne North, une baroudeuse exotique au XIXème siècle
9:30

Pas tout à fait artiste, pas tout à fait scientifique. Marianne North est une personnalité hors du commun. À 40 ans, elle abandonne sa vie confortable pour voyager à travers le monde, à la découverte des fleurs et les plantes exotiques les plus incroyables sur Terre. 


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Pour aller plus loin :


Musique :

Patricia Chaylade

Mysterious Forest, par WinnieTheMoog

Beggar, par Franz Gordon

I am better off, par Wildson

Palm, par Trevor Kowalski

Nadi, par Van Sandano



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Jul 31, 2021
Le syndrome K, la maladie imaginaire du Dr Borromeo
6:53

Dans une Rome occupée par l’armée allemande, une étrange maladie fait son apparition à l'hôpital Fatebenefratelli, sur l'île de Tibérine. Le syndrome K. Ses victimes – des Juifs, des homosexuels, des opposants politiques au régime nazi – périssent, dit-on, aux griffes de cette terrible épidémie derrière les portes closes de l'institution. Mais le syndrome K n'existe pas, car derrière ce nom à glacer le sang se cachent en réalité trois médecins, unis dans leur volonté de sauver les vies menacées par la rafle.


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Pour aller plus loin :


Transcription du podcast :

Octobre 1943. L’armée nazie tient les rues de Rome d’une main de fer. Leur drapeau flotte dans toute la ville, jusqu’à la place Saint-Pierre, sous les fenêtres du pape. Sur les ordres d’Himmler, les Juifs de la ville sont traqués en vue de leur future déportation dans les camps d’extermination. 

Sur l’île Tibérine au centre de Rome, le docteur Giovanni Borromeo, directeur de l’hôpital Fatebenefratelli, et ses deux collègues Vittorio Sacerdoti et Adriano Ossicini sont sur tous les fronts. Dans les couloirs de leur hôpital, une maladie très agressive et totalement inconnue se propage comme une traînée de poudre. L’existence de cette terrible épidémie est parvenue jusqu’aux oreilles des soldats nazis qui restent à bonne distance de Fatebenefratelli. Le syndrome K, rien que son nom fait froid dans le dos. Il rappelle le bacille de Koch, responsable de la tuberculose. Pour éviter que le mystérieux microbe ne contamine toute la ville, les infectés sont mis en quarantaine dans dans le sous-sol de l’hôpital.

À ce qu’on dit, les gens atteints par le syndrome K deviennent fous, leur corps se tord dans tous les sens sous de violentes convulsions. Ils finissent par être totalement paralysés, incapable de respirer et se voient mourir douloureusement d’asphyxie. Personne ne veut s’approcher de l’hôpital Fatebenefratelli, et surtout pas les soldats allemands.

Mais 15 octobre 1943, le haut-gradé allemand en charge des soldats nazis à Rome ordonne une rafle au ghetto de la ville. Le rabbin de Rome et le pape promettent 50 kilos d'or au militaire en échange de la vie des milliers de Juifs du ghetto. Ils fournissent l’or, mais la rafle est tout de même ordonnée. 1.259 Juifs sont raflés et envoyés à Auschwitz. Seuls seize d’entre eux survivront. Dans la panique, des familles se réfugient sur l’île Tibérine, vers l’hôpital, situé juste en face du ghetto. Les soldats les poursuivent mais s'arrêtent net quand ils arrivent à Fatebenefratelli. Les docteurs Borromeo, Sacerdoti et Ossicini, le visage grave et les traits tirés, leur font part de la situation catastrophique de l’hôpital. La quarantaine n’a pas suffi pour contenir le syndrome K. Des infirmières, des médecins et les religieux qui officient dans l’hôpital tombent comme des mouches. Les malades hurlent de douleur et crachent leurs entrailles avant de s’éteindre dans une expression tourmentée.

Les soldats deviennent pâles comme les linges. Des profondeurs de l’hôpital, ils peuvent entendre les mugissements d’agonie des malades. Faire une descente ici signifie s’exposer au syndrome K et risquer de finir comme ces miséreux. Aucun d’entre eux n’a envie de prendre ce risque ! Ils rebroussent chemin, la peur collée au fond des yeux. Les trois médecins échangent un regard soulagé. C’était moins une. Dans le sous-sol de l’hôpital, les patients ayant un K dans leur dossier médical ne sont pas malades. Enfin, pas aux yeux de la médecine. Ce sont des Juifs, des Polonais, des homosexuels, des Tziganes, des handicapés ou encore des opposants politiques. Tout ceux qui sont jugés néfastes et indésirables par le régime nazi. L’hôpital prend aussi en charge les résistants cachés autour de Rome.

Le syndrome K : quelle formidable maladie, capable de sauver des vies ! Les trois compères ont eu la brillante idée de l’inventer de toutes pièces pour tenir éloignés les Allemands. Une fois protégés dans l’hôpital, le personnel et les religieux fournissent aux Juifs, et à tous les autres, des faux papiers et des laissez-passer leur permettant de quitter Rome pour des monastères de campagne moins exposés. Grâce à cette maladie imaginaire, les soldats allemands ne viendront plus mettre le nez dans les affaires de l’hôpital jusqu’à la libération de Rome, le 15 juin 1944. Dans ce lapse de temps, les efforts des Dr Borromeo, Sacerdoti et Ossicini ont permis de sauver la vie d'une centaine de personnes. Giovanni Borromeo sera récompensé pour son action par Israël. Il est reconnu Juste parmi les nations, et son nom est inscrit au mémorial des victimes de la Shoah à Jérusalem. Il s’éteint en 1961 au sein de l’hôpital Fatebenefratelli. 

Si le syndrome K fait référence au bacille de Koch, Adriano Ossicini, antifasciste comme ses collègues y voit une référence à deux autres microbes, d’un tout autre genre : Albert Kesselring, à la tête de la campagne nazie d’Italie et Herbert Kappler, le commandant qui a ordonné la rafle du ghetto de Rome. 

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !


Musique :

Patricia Chaylade

This Creed, par Johannes Bornlöf

Walking Under Ladders, par Anthony Earls

Mirror 45, par Lennon Hutton



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Jul 03, 2021
Le baron Nopsca, espion, pirate des airs, et père de la paléobiologie
9:54

Il est peu d'esprits aussi brillants, fougueux et aventureux que celui de Franz Nopcsa. Auteur de théories inédites sur l'existence des dinosaures, celui qu'on baptise le père de la paléobiologie a connu une existence remplie de rebondissements, de découvertes et de danger.

Quand il n'est pas en train de déterrer des fossiles, Nopcsa boit le thé avec des chefs de guerre albanais, arpente les routes d'Europe à moto avec l'homme de sa vie, ou joue les espions pour la monarchie des Habsbourg. Mais son intellect génial cache aussi un sombre secret...


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Pour aller plus loin :


Transcription du podcast :

1919. Quelque part au-dessus de Győr, Hongrie. Franz et Doda sont assis côte à côte dans le petit avion qui les mène vers Sopron. Le baron transylvanien et son amant sont nerveux. Ils ont réussi à échapper de justesse aux Communistes grâce à leurs faux papiers, mais le plus difficile reste encore à faire. Tendu comme une corde de violon, Franz se saisit du sac contenant les clés de son avenir : le manuscrit de son dernier livre et quelques riches bijoux qui leur achèteront une nouvelle vie en Autriche. Car lui et Doda n’iront pas à Sopron. Cela fait déjà quelque temps qu’ils ont quitté l’aéroport de Budapest, et il est temps de passer à l’action. Rassemblant toute l’énergie que son cerveau capricieux et capable de lui fournir, Franz repose son sac et sort l’objet lourd qui pèse dans sa poche depuis le décollage. Il brandit son arme contre le crâne du pilote. Changement de plan capitaine, direction Vienne.

Franz Nopcsa von Felső-Szilvás naît le 3 mai 1877 à Déva. Il est le premier enfant d’une famille d’aristocrates transylvaniens, dont la résidence est basée à Săcel, en actuelle Roumanie. Si le domaine est aujourd’hui à l’abandon, témoin d’une époque passée, lui-même abrite en son temps les vestiges d’une ère lointaine et encore mystérieuse. En effet, alors qu’elle se promène un jour le long de la rivière qui traverse le terrain familial, Ilona, la jeune sœur de Franz découvre les restes d’un crâne fossilisé. Enchantée, elle ramène les ossements à son frère adolescent qui devient rapidement obsédé par la trouvaille. Il faut dire que, marqué par l’apparition de théories inédites et un véritable engouement populaire pour les fossiles, le XIXe siècle est pour ainsi dire le siècle de la paléontologie et Franz ne tente pas un seul instant de résister à son attrait. Bien qu’ils soient en piteux état, il ne tarde pas, avec l’aide du professeur Eduard Suess, à identifier les fragments comme ayant appartenu à un dinosaure, un hadrosaure ainsi qu’il le découvrira plus tard.

Cette rencontre inattendue avec le passé le pousse à entreprendre des études de géologie à l’université de Vienne, tandis que la bibliothèque familiale lui permet de se familiariser avec la physiologie, l’anatomie et la neurologie. Il écrit à de nombreux experts à travers le monde en quête d’informations supplémentaires concernant la provenance du fossile, entreprend des travaux d’excavation sur la rive où Ilona a découvert le crâne, et assemble les fragments d’os qu’il déterre avec une colle de sa propre fabrication. Alors qu’une majorité de paléontologues se préoccupent uniquement de monter des squelettes complets, Nopcsa essaie d’aller plus loin et de comprendre comment ces pièces s’articulent lorsqu’elles sont recouvertes de chair et de muscles, et plongées dans un environnement qui leur est propre. À partir de ses observations, il postule un lien entre la glande pituitaire, dont nous avons parlé lors de notre dernier épisode de Chasseurs de Science sur Adam Rainer, et la taille de l’organisme ; il reconstitue la mâchoire de l’un de ses spécimens ; il imagine ces géants du passé prenant leur envol et détermine en observant des nids que les parents devaient s’occuper de leurs petits.

À l’âge de 22 ans, désormais diplômé d’un doctorat ès sciences, le jeune baron Nopcsa retourne à Vienne pour présenter ses travaux pionniers à l’Académie autrichienne des sciences. Il y fait sensation à plus d’un égard, armé de ses théories inédites, et piétinant au passage sans la moindre considération la classification proposée par l’éminent spécialiste George Baur à l’époque. Le verdict tombe rapidement : Franz est un génie, mais certainement pas un expert des relations humaines. Néanmoins, un lecteur attentif serait capable de découvrir une réalité plus nuancée entre les lignes de sa correspondance privée. Dans ses lettres à Arthur Smith Woodward, conservateur au British Museum, Nopcsa décrit les symptômes handicapants d’une maladie que l’on appelle aujourd’hui trouble bipolaire. Ses fulgurances intellectuelles et son aplomb sont en réalité les marques d’une personnalité maniaque tandis que, ainsi que nous le verrons plus loin, le jeune baron transylvanien pouvait également être affligé d’épisodes dépressifs graves, dont l’un d’eux mènera à sa mort et à celle de son amant.

Pour autant, ses conclusions témoignent de son esprit visionnaire et lui valent le titre de père de la paléobiologie. Parmi ses intuitions brillantes on trouve sa théorie évolutive du Proavis et celle du nanisme insulaire. Commençons par le Proavis. Imaginée pour la première fois en 1906 par l’ostéologue et zoologue William Pycraft, cette créature devait représenter le chaînon manquant entre les dinosaures terrestres et les oiseaux. Néanmoins, là où Pycraft théorise une créature arboricole, Nopcsa se figure un organisme coureur terrestre. Ce dernier avancerait par bonds successifs, aidé par des membres antérieurs couverts de plumes qui lui permettraient de prolonger ses sauts. Au fil de l’évolution, ces membres antérieurs seraient devenus les ailes de nos oiseaux modernes ; une théorie aujourd’hui largement acceptée par la communauté scientifique.

Venons-en maintenant au nanisme insulaire. Lors de ses excavations, Franz déterre les ossements de dinosaures bien plus petits que leurs cousins. Là où ses spécimens adultes de Magyarosaurus mesurent 6 mètres, les autres représentants du groupe atteignent généralement les 30 mètres. Nopcsa en déduit donc que la région de Haţeg, où les fossiles ont été découverts, étaient précédemment une île dont les ressources limitées aurait influé sur la taille des animaux y résidant. Face à cette contrainte écologique, les grandes créatures deviennent plus petites, comme dans le cas des éléphants ou des hippopotames nains, et les petites créatures, ainsi qu’on le découvrira plus tard, grandissent de génération en génération, ainsi qu’il en est allé pour le varan du komodo, par exemple. Une fois encore, Franz est en avance sur son temps de plusieurs décennies, tant et si bien que la théorie du nanisme insulaire porte aujourd’hui le nom d’un autre : J. Bristol Foster, qui publiera une étude sur le sujet en 1964.

Les percées en paléobiologie de Franz Nopcsa ne représentent qu’une portion de sa vie riche en aventures. En 1906, il recrute comme secrétaire Bajazid Elmaz Doda, un Albanais issu d’un village de bergers dans les Monts Maudits, dont il tombe profondément amoureux. Les deux hommes entament une relation au vu et au su de tous, probablement protégés par le statut social du baron contre les implications de l’époque. Nopcsa va jusqu’à nommer une espèce de tortue en hommage au « seul homme qui [l]‘ait jamais vraiment aimé », Kallakobotion bajazidi. Ensemble, ils prennent une maison en Albanie, un pays pour lequel Nopcsa nourrit une profonde passion. En effet, scientifique de talent mais également polyglotte accompli, il découvre d’abord le pays comme géologue puis comme résident et enfin comme espion pour la monarchie des Habsbourgs. Déguisé en berger et sous le faux nom de Peter Gorlopan, l’impétueux baron a pour mission de mieux comprendre les cultures et les aspirations des clans qui s’opposent dans la région, afin de les fédérer et les rallier à la cause austro-hongroise. Il s’adonne à cette mission avec tant de fougue qu’il deviendra le fondateur de l’albanologie, produisant des centaines de photographies et plus d’une cinquantaine d’études sur les us, la musique, l’histoire et les langues locales. Emporté par son engouement, il n’hésite pas à se proposer comme nouveau monarque du pays lorsque l’indépendance est déclarée en 1912. Sans succès, signalons-le.

Après la chute de l'Empire austro-hongrois en 1918, dans un pays chauffé à blanc par les tensions politiques, Nopcsa apprend d’une source amie que sa vie est en danger et qu’il doit absolument quitter le territoire. Doda et lui prennent un vol qui les conduira, arme au poing, jusqu’à Vienne, dans ce qui est considéré comme le premier détournement d’avion de l’Histoire.

Franz prend la tête de l’Institut royal hongrois de géologie en 1925 mais ce génie incompris, accablé par des épisodes de manie qui lui donnent l’impression que le monde ne parvient pas à suivre son rythme, se lasse rapidement et quitte le poste trois ans plus tard. Il décide de se lancer plutôt dans un tour d’Europe en moto avec Doda, en quête de nouveaux fossiles à étudier. Frénétique, il lit, analyse, théorise à s’en rendre malade, jusqu’à ce qu’un jour, la dépression fasse un retour fracassant dans l’esprit de Nopcsa.

Nous sommes alors en 1933. Le baron qui était toujours en quête d’aventures est soudain paralysé par l’accablement. Il songe à sa patrie perdue, à sa fortune dilapidée, à l’alcoolisme dont Doda ne parvient pas à s’extirper. Qu’arrivera-t-il à son amant s’il devait mourir ? Que lui restera-t-il ? Car au fond, Franz n’y tient plus. La bête noire pèse sur son dos, ronge chaque fibre de son être. Un matin, le baron Nopcsa glisse des somnifères dans le thé de l’homme qui a partagé sa vie. Persuadé que Doda sera condamné à une vie de misère sans lui, dans un dernier instant de désespoir, il le laisse s’endormir et le tue d’une balle dans la tête avant de mettre fin à sa propre vie.

Franz Nopcsa von Felső-Szilvás est longtemps resté oublié des historiens. Est-ce à cause de sa nationalité, de son orientation sexuelle ou de sa personnalité complexe et pas toujours appréciée ? Probablement un peu de tout cela, mais aujourd’hui, le baron est rappelé à la mémoire collective grâce aux associations LGBT tentant d’extirper ces figures du passé des oubliettes collectives. Quoi de mieux donc que de publier cet épisode durant le mois de pride pour rendre hommage à ces archivistes invisibles et à l’exceptionnel scientifique que fut le baron de Nopcsa ?

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !


Musique :

Patricia Chaylade

Vantage Point, par Hampus Naeselius

Prelude et Luminescence, par Trevor Kowalski

Les feuilles jaunes, par Franz Gordon



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Jun 19, 2021
Sophie Germain, le mathématicien était une femme
8:12

Afin d’assouvir sa passion pour les mathématiques, la jeune Sophie Germain est prête à tout. Comme désobéir à son père et tromper une grande école parisienne : Polytechnique.

Son subterfuge lui ouvre les portes de cette science, alors interdite aux femmes, à laquelle elle s’adonne avec talent. Elle marque sa discipline par la complexité de ses raisonnements et côtoie les plus illustres scientifiques de son temps, tout en restant dans leur ombre


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Musique :

Patricia Chaylade

Of Course, par Emily Rubye

Friends From Far Alfied, Always Remembering, The Wind Is Changing, par Howard Harper-Barnes



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Jun 05, 2021
Louise Arner Boyd, la femme qui a dompté l'Arctique
10:25

Dès ses plus jeunes années, il ne fait aucun doute que Louise Arner Boyd se destine à devenir une grande aventurière. Elle est la fille de parents fortunés, et vit une enfance heureuse qui l'amène à voyager régulièrement. Laissée orpheline à l'âge de 32 ans, après que ses frères puis ses parents sont morts, elle se lance corps et âme dans sa passion pour l'exploration. Cette femme élégante et cultivée est aussi une cosmopolite, et se découvre en 1924 une passion pour le tourisme en Arctique.

Mais en 1928, un concours de circonstances lance Louise sur les traces de Roald Amundsen – le grand explorateur norvégien disparu en avion lors d'une mission de sauvetage – et change sa vie à jamais. Après cet événement, Louise se donne une nouvelle mission : se faire la porte-parole des régions polaires, transmettre leur beauté au monde, et contribuer à la recherche scientifique afin de percer le mystère de ces contrées glacées.

Nous vous invitons à découvrir son incroyable périple dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science. Merci à Charlotte, de la chaîne Youtube Langues de Cha', qui prête sa voix à Louise Arner Boyd, et à Sébastien Carassou, de la chaîne Le Sense of Wonder, qui prête la sienne au Dr John Schilling.


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Musique :

Patricia Chaylade

Progressive Progress, A Mutual Dream et Mysterious Forest, par Howard Harper-Barnes



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May 22, 2021
L'étrange cas d’Adam Rainer : de nain à géant
7:55

L’histoire d’Adam Rainer aurait pu se lire dans un livre fantastique, aux côtés de L'Étrange Cas de Benjamin Button. Considéré comme nain durant son adolescence, il devient un géant à l’âge adulte. Son histoire est pourtant bien vraie. Celle d’un homme dont l'étrange maladie a déformé son corps.


🧏[Transcription de l'épisode]🦻


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Pour aller plus loin :


Musique :

Patricia Chaylade

Air of Mystery, par chilledmusic

License: https://filmmusic.io/standard-license


Transcription du podcast :

À l’aube de Première Guerre mondiale, l’armée autrichienne recrute des soldats jeunes et motivés. Adam Rainer, 15 ans, correspond tout à fait à cette description. Il attend avec les autres jeunes hommes la visite médicale qui confirmera sa capacité à être soldat. Adam ignore les regards appuyés qu’on lui jette et les murmures moqueurs qu’il entend à son passage. Il est convaincu de sa capacité à servir l’Autriche.

C’est son tour. Le médecin militaire le dévisage de la tête au pied, dubitatif. Dans son dossier médical, il lit : « Adam Rainer, né en 1899 à Gatz. Taille : 1 mètre 37 ». Le médecin le scrute à nouveau et demande à Adam de se placer devant le mètre. 1 mètre 37, c’est bien cela. Étrange. À 15 ans, Adam fait la taille d’un enfant de 10 ans. Sans plus de cérémonie, le médecin pose son diagnostic : Adam Rainer est atteint de nanisme. L’armée autrichienne ne peut pas accepter un tel cas dans ses rangs, il sera une faiblesse plutôt qu’une force dans le conflit à venir. Adam est renvoyé chez lui. Déçu, mais pas abattu, il est déterminé à être soldat.

L’année suivante il se représente à l’armée. Il a grandi, il mesure désormais 1 mètre 46. Le verdict reste le même, Adam Rainer est officiellement un nain et il n’est pas le bienvenu dans l’armée autrichienne. Personne ne cherche à comprendre les causes de son nanisme. Ses parents sont pourtant de taille normale. Sauf que les médecins qui ont ausculté Adam sont passés à côté d’un détail, pourtant imposant. Pour son mètre 46, il chausse du 53 ! et ses mains sont aussi larges que des pattes d’ours : environ 24 centimètres.

L’histoire d’Adam aurait pu s’arrêter là et tomber dans l'oubli. Mais si je vous la raconte, c’est qu’elle a pris une tournure inattendue qui a marqué l’histoire de la médecine. Son cas, encore aujourd’hui, reste unique. Un nain qui devient un géant.  



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May 08, 2021
Barry Clifford et le trésor du capitaine Bellamy
10:06

Le 26 avril 1717, un terrible ouragan souffle sur la côte est des colonies américaines, emportant avec lui le Whydah et ses trois compagnons de voyage. À bord du trois-mâts, le capitaine Bellamy, aussi connu sous le nom de Black Sam, a seulement le temps de voir la déferlante se briser sur ses rêves avant que la tempête ne l'engloutisse avec son équipage et son formidable trésor.

Dans les années 1950, dans un petit village de pêche du cap Cod, Barry Clifford grandit au rythme des chansons de marins et du récit que lui font ses aïeux du naufrage du Prince des Pirates, survenu deux siècles et demi auparavant. Le jeune Clifford s'en fait alors le serment : il sera celui qui découvrira le trésor englouti de Samuel Bellamy.


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Transcription du podcast :

26 avril 1717. Samuel Harding se retourne dans son lit de paille sans parvenir à trouver le sommeil. Au-dehors, la tempête fait rage et fait trembler de toutes parts sa petite maison du cap Cod. Il entend le concert de ses carreaux de fenêtres qui s’agitent sous les assauts du vent, le martèlement assourdissant de la pluie sur son toit, et le fracas des vagues s’écrasant impitoyablement sur la plage plus loin en contrebas. Il pousse un grognement et enfouit sa tête sous sa couverture, loin de se douter que quelques heures plus tard, un pirate viendrait frapper à sa porte.

À quelques centaines de mètres de la rive, la panique règne à bord du Whydah. Sur le pont, les hommes plissent les yeux, tentant en vain de percer l’obscurité et les embruns, mais rien n’y fait. Les lumières du Anne Galey, du Fisher et du Mary Anne ont bel et bien été englouties par l’ouragan. Le bâtiment grince, craque, menace de se déchirer en deux. Emporté par le vent, il traîne piteusement son ancre le long des bancs sableux tandis que les déferlantes assaillent ses flancs. Alors que certains se tournent vers Dieu en sentant la mort s’approcher, ceux que l’espoir anime encore se tournent vers le seul maître à bord, le capitaine Black Sam, gentleman des mers et Prince des Pirates.

En cet instant, cependant, ce dernier ne se sent rien de plus que l’homme Samuel Bellamy, impuissant, dépassé par les éléments. Debout parmi ses dizaines de fidèles compagnons, il pleure en silence ceux qu’il a conduits à leur perte. Tout comme le capitaine auquel il a capturé le Whydah quelques jours plus tôt, il sait reconnaître lorsqu’une bataille est perdue. Le trésor qui dort dans la cale sous ses pieds ne lui apporte aucun réconfort.

Un nouveau coup de tonnerre résonne, mêlé d’un craquement sinistre : le navire a heurté un banc de sable. Des dizaines d’hommes et leur capitaine sont projetés par-dessus bord. Sous le pont, les canons, les tonneaux et les balles de marchandise soudain transformés en projectiles raclent les plantes en mêlant leur grondement au hurlement des matelots écrasés sous leur poids. Tout comme la poussière redevient poussière, le sel de ses larmes du capitaine Bellamy rejoint celui de la mer et dans le vacarme des vagues qui déchiquètent son rêve, le Prince des Pirates rend son dernier soupir.


Barry Clifford naît le 30 mai 1945 au cap Cod. Son enfance est baignée d’embruns, de chants de marins et de récits de pêche. Mais une histoire en particulier anime l’imagination des habitants du cap depuis des générations. Il y a deux siècles et demi de cela, un navire pirate s’est échoué le long de ces côtes, le ventre chargé de pièces d’or. Les colons de l’époque, de pauvres hères à qui leur travail ne fournissait qu’une maigre subsistance, se jetèrent sur les pièce de huit qui déferlèrent sur la plage ce jour-là, puis les suivants. Mais l’on raconte qu’une grande partie du trésor de Samuel Bellamy résiderait encore sous les flots.

Avec son diplôme d’histoire et de sociologie désormais en poche, le jeune Barry Clifford n’a qu’une envie : être celui qui découvrira l’épave du capitaine Black Sam et remontera son trésor à la surface. Il se plonge avec avidité dans l’étude des documents historiques de l’époque afin de mettre au jour des indices qui lui indiquerait où celui-ci s’est échoué. Il apprend que le Whydah, un vaisseau négrier capturé quelques jours auparavant par le Prince des Pirates, voyage aux côtés de deux autres récentes acquisitions : le senau Ann Galey et le navire de commerce Mary Anne. Vers 4 heures de l’après-midi, un brouillard épais s’empare du paysage, et laisse Bellamy momentanément désemparé. Le capitaine n’est pas bien familier avec ces eaux mais il a entendu parler des hauts-bancs meurtriers du Nantucket. Cette vaste région aux bancs de sable changeants est si dangereuse qu’elle est la première à être désignée comme zone à éviter par les garde-côte américains en 1980, puis par l’Organisation maritime internationale en 2010. Les matelots retrouvent espoir lorsqu’un petit navire de pêche apparaît à l’horizon une demi-heure plus tard. Son capitaine Robert Ingols connaît bien les eaux locales, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, quatre pirates armés sont envoyés à bord du sloop Fisher pour l’empêcher de s’enfuir tandis que le marin est réquisitionné de force à bord du Whydah pour aider son équipage à s’extirper de cette situation. Les quatre navires reprennent donc leur chemin en formation serrée, bravant tant bien que mal le manque de visibilité. Alors que le jour décline, le ciel se teinte progressivement d’encre au-dessus des Nantucket Shoals, mêlant d’obscurité le brouillard qui continue d’obstruer l’horizon depuis des heures. Black Sam ordonne que des lanternes soient allumées à bord des navires afin que ceux-ci ne se perdent pas de vue, mais le sort sinistre qui les attend est déjà en marche. Il l’ignore mais le Mary Anne fuit et les pirates à son bord sont tellement saouls qu’ils sont obligés de confier le gouvernail aux prisonniers inexpérimentés qu’ils transportent avec eux. Le temps se dégrade. À l’approche du bras du cap Cod, de terribles bourrasques de vent et des trombes de pluie battent les voiles à l’horizontale tandis que la silhouette de vagues monstrueuses se dessine dans la lueur des éclairs qui zèbrent le ciel. Les navires s’éloignent irrépressiblement les uns des autres, la terreur grimpant à mesure que la faible lueur des lanternes disparaît depuis leurs ponts respectifs. Par compétence ou par fortune, le capitaine Noland sauve le Anne Galley et le Fisher à temps en ordonnant aux deux navires de jeter l’ancre suffisamment tôt. Mais ses compagnons de voyage ne sont pas aussi chanceux. À 23 heures, le Mary Anne s’échoue avec fracas sur l’île Pochet. Bien que sa coque n’ait pas été fracturée par l’impact, plusieurs pirates à son bord crient à Dieu de les laisser mourir en paix, terrorisés par le tonnerre des vagues contre le bois et le vent qui hurle dans leurs oreilles. Quant au Whydah, il rencontre son destin funeste quand sonnent les douze coups de minuit au large de Wellfleet.

Le lendemain matin, le fermier Samuel Harding est réveillé par des coups contre sa porte. Un marin déguenillé et transi de froid se tient devant chez lui : Thomas Davis, l’un des deux seuls survivants de cette nuit d’enfer. Davis raconte son histoire et avant même que le charpentier hollandais n’ait eu le temps de se reposer, Harding apprête son chariot et son cheval et lui demande de le mener au lieu du naufrage. Il a le temps de faire deux allers et retours avant que d’autres de ses voisins n’apprennent la nouvelle et le rejoignent sur la plage pour récolter les trésors déposés sur le sable par les vagues.

Ce n’est cependant ni Harding, ni Davis, mais un autre personnage de cette histoire qui fournira à Barry Clifford la clef qu’il recherche. À peine le gouverneur du Massachusetts a-t-il eu vent du naufrage du Whydah qu’il dépêche sur place le commandeur anglais Cyprian Southack, un cartographe accompli qu’il investit d'une mission : repêcher le trésor englouti et réquisitionner les biens que les habitants du cap Cod se sont déjà accaparés. Malheureusement pour Southack, il ne parvient à remplir ni l’un ni l’autre de ses objectifs, se heurtant à une communauté de pêcheurs et de fermiers aussi enragés que déterminés à garder l’or qui complètera enfin leur maigre salaire. Mais cela importe peu à Clifford, car le Britannique a laissé derrière lui une carte ainsi qu’une correspondance détaillant avec précision le lieu de naufrage du légendaire Whydah.

Exalté, le chasseur d'épaves monte une expédition. À l’aide de sonars et d’autres appareils de télédétection, il ne faut que peu de temps à Clifford et à son équipe pour identifier le site. Le 20 juillet 1984, l’un des plongeurs s’écrie avec excitation qu’il aperçoit un canon enfoui dans le sable, à seulement 4 mètres 30 sous la surface. Cette découverte est la première d’une très longue série qui permettra le sauvetage de plus de 200.000 pièces individuelles. Pièces d’argent et d’or, poudre d’or, vaisselle, vêtements, armes à feu, boulets de canon, bijoux, pièces à jouer ou encore quelques minces fragments du navire se révèlent aux archéologues ébahis. À l’automne, un nouvel élément vient couronner le travail de Clifford lorsque l’on remonte la cloche du Whydah Gally, sur laquelle est gravé le nom du navire et l’année 1716. Le projet Whydah fait sensation dans la communauté scientifique et parmi le public, le conseil des ressources archéologiques sous-marines du Massachusetts n’hésitant pas à le qualifier de modèle d’archéologie sous-marine. À ce jour, le navire demeure le seul vaisseau de l’âge d’or de la piraterie authentifié avec certitude.

En vertu de la loi fédérale sur l'amirauté de 1988, la Cour suprême du Massachusetts déclare que l’ensemble des artefacts appartient de droit à Clifford. Il obtient également les droits exclusifs de plongée sur le site, surveillé par le service des parcs nationaux et les garde-côtes américains. Et c’est là que vient la cerise sur le bateau, si l’on peut dire. Au lieu de dilapider et diviser le trésor de Bellamy, l’archéologue décide de le conserver dans son intégralité et de le rendre accessible à tous. Il ouvre le musée pirate du Whydah, offrant à chacun l’opportunité de marcher au côté d’une reproduction géante du navire, d’admirer la cloche intacte dans son aquarium lumineux ou encore de s’émerveiller devant des coffres entiers de pièces de huit. 

Aujourd’hui, Clifford continue de plonger à la conquête de trésors engloutis avec ses équipiers. En février dernier, le musée a annoncé la découverte d’au moins six squelettes sur le site du Whydah. Grâce à un descendant direct de Bellamy, l’équipe dispose d’un échantillon d’ADN qui leur permettra de savoir si l’un des corps découverts sous le sable appartient au légendaire capitaine que l’on appelait le Prince des Pirates.


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Musique :

Patricia Chaylade

Titan, par Scott Buckley



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Apr 24, 2021
Jarkov, 23 tonnes, un mammouth en hélicoptère
9:17

En 1997, Bertrand Buiges, le responsable de l’association Cercle polaire expédition reçoit un coup de fil qui va changer sa vie. Un mammouth entier, prisonnier de la terre, a été repéré en Sibérie.

Avec Yves Coppens, ils prendront une décision historique. Retour sur la première expédition qui a extrait un mammouth sans rompre la chaîne du froid.


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Transcription du podcast :

Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie, votre guide temporelle. Mettez vos moufles et prenez votre écharpe, dans cet épisode, je vous emmène sur les terres glacées de la Sibérie, aux côtés de scientifiques qui se sont donné une mission herculéenne. Extraire une souris de terre du sol gelé. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

En Sibérie, il existe un animal mythique. Il vit dans les contes et légendes des Dolganes, un peuple nomade de Sibérie Orientale. Les souris de terre, qui comme leur nom l’indique vivent sous la terre, creusent de longues galeries comme les taupes. Personne ne se doute de leur existence, mais à l’approche de leur mort, les souris de terre cherchent à regagner la surface pour respirer plus facilement. Elles creusent la terre de leurs défenses pour s’extraire de leurs tunnels souterrains. Malheureusement, le froid et le manque d'oxygène ont raison d’elles avant qu’elles n'atteignent la surface. C’est alors que les souris de terre révèlent leur existence aux Hommes, prisonnières à jamais du sol gelé qui le servait autrefois de foyer. La Sibérie, des défenses, ... Cette légende vous a peut-être fait penser à un autre animal, qui n’a pas grand-chose à voir avec les souris ou les taupes. Et pour cause, l’animal mythique des Dolganes n’est autre que le mammouth. Leur territoire est en effet situé sur le plus grand cimetière de mammouths connu des scientifiques.

1997. C’est le printemps en Sibérie, mais dans ce monde de glace et de neige, pas d’arbres en fleur, ni d’oiseaux qui chantent, le sol reste perpétuellement figé dans le gel. Un convoi sorti tout droit d’un rêve apparaît au loin. Une dizaine de petites maisons posées sur des traîneaux avancent en file indienne. Chacune est tirée par un attelage d’une dizaine de rennes. C’est une famille Dolgane en quête d’un pâturage plus accueillant pour leur troupeau. Ils transportent leur petite cahute, appelée balok, avec eux à chaque voyage.

La vie est rude dans cette région, mais les Dolganes survivent grâce à leur troupeau de rennes et à la confection d’objets taillés dans de la défense de mammouth. Ces nomades en croisent régulièrement durant leur transhumance. D’ailleurs, le jeune chef de cette famille, Kostia Zharkov, repère quelque chose au loin qui se détache de la blancheur. Il demande au convoi de s’arrêter. Devant eux, deux défenses recourbées de près d’un mètre s’échappent du sol, comme si on les avait plantées là au milieu de nulle part. Il reste encore quelques poils bruns-roux à leur base.

La trouvaille n’a rien d’extraordinaire et devrait rapporter un peu d’argent à la famille, mais Kostia Zharkov en décide autrement. Il prévient le responsable de la réserve de Taymir de la présence du mammouth. Selon lui, il est encore entier sous terre. Cette décision marque le point de départ d’une expédition scientifique hors du commun, menée par Yves Coppens, alors paléoanthropologue au Collège de France, et Bertrand Buiges, président de l’association Cercles Polaire Expédition. L’expédition Mammuthus débute.

C’est Bertrand Buiges qui apprend l’existence du mammouth en premier. Il entreprend immédiatement une levée de fonds pour financer l’expédition et demande à Yves Coppens d’en être le directeur scientifique. À l’automne 1998, l’équipe se rend à l’extrême nord de la Sibérie, à 6.000 kilomètres de Moscou, au chevet du mammouth. Des sondages radio permettent de déterminer la position de l’animal dans son cercueil de boue et de terre : visiblement, il est mort debout. Yves Coppens propose alors une idée surprenante. Plutôt que de sortir le mammouth lui-même, il suggère de découper un bloc de terre tout autour pour le conserver dans le sol qui le tient prisonnier. 

En effet, ce mammouth, baptisé Jarkov en hommage au Dolgane qui l’a découvert, n’est pas le premier mammouth découvert par les scientifiques. Les ossements de ces pachydermes préhistoriques sont connus depuis le XVIIIe siècle. Mais les extraire du permafrost, avec des méthodes parfois brutales, et les alternances de gel et dégel endommagent énormément les restes. 

« Plutôt que d'envoyer des morceaux de ces animaux, séchés ou décomposés, aux laboratoires étrangers, nous avons eu l'idée de le conserver sur place en bon état, et de faire venir les chercheurs jusqu'à Khatanga », précise Yves Coppens plus tard dans une interview.

On balise la zone pour savoir où découper sans risquer d’abîmer le mammouth. Un an plus tard, en 1999, les scientifiques de l’expédition, venus des quatre coins du monde, installent leur camp de base dans la toundra sibérienne. Ils le savent : la mission s’annonce dantesque ! Et la météo joue contre eux. Une tempête se lève et rien n’arrête le vent qui hurle sans discontinuer. La température devient glaciale, à la limite de la résistance du corps humain : -40 °C. Plus de 5 semaines d’efforts acharnés sont nécessaires, à manier le marteau-piqueur au milieu dans le froid sibérien pour extraire du sol un bloc de 3 mètres sur 2. Jarkov est en son centre avec ses défenses à l’air.

Mais le plus dur reste à venir : soulever le corps du mammouth en hélicoptère jusqu’à Khatanga, la capitale de la province, à 250 kilomètres de là. Pour cette mission, un hélicoptère MI-26, l’un des plus puissants jamais conçus par l'Homme, arrive sur place. Il peut transporter au maximum 20 tonnes de charge utile. Avec ses 23 tonnes, Jarkov va le pousser dans ses retranchements. Les premières minutes sont tendues. L’hélicoptère peine à décoller et sa précieuse cargaison tangue dangereusement dans les airs. Au sol, tous ceux qui ont œuvré à découper le bloc le regardent partir avec l’angoisse collée au cœur. Il rejoint finalement Khatanga sans encombre en octobre 1999.

C’est le premier mammouth à être extrait sans rompre la chaîne du froid. Il attire évidemment tous les scientifiques du monde qui s’intéressent aux animaux préhistoriques. En 2000, quelques parties de son corps sont dégelées pour prélever des poils et des tissus restés intacts pendant plusieurs milliers d’années. La vie de Jarkov se révèle alors à nous. C’est un mammouth laineux mâle qui a vécu il y a 20.380 ans. Il est mort à 42 ans, alors qu’il était en bonne santé. Au vu de sa position dans le bloc et la composition de ce dernier, Jarkov est probablement mort lors d’une chute dans une crevasse. La boue a recouvert son corps peu après et, en gelant, l’a préservé des aléas du climat.

Aujourd’hui encore, Jarkov repose à Khatanga. Le bloc de terre est conservé dans une grotte creusée à l'intérieur d'une falaise où la température est constamment de - 15 °C. Il demeure là, prêt à livrer ses plus intimes secrets aux scientifiques. Ces grands pachydermes préhistoriques nourrissent les ambitions les plus folles des scientifiques. Avec le projet Woolly Mammouth Revival, une équipe d’Harvard souhaite ressusciter le mammouth, non pas par clonage mais avec la technique CRISPR-Cas. Le principe est de couper de l’ADN du mammouth et le coller dans celui d’un éléphant d’Asie. Le projet aurait dû aboutir en 2019, mais depuis, aucun mammouth n’a été aperçu sur le campus de l’université américaine.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !



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Apr 10, 2021
Joseph Bell, l'homme qui inspira Sherlock Holmes
8:34

Vous n'avez peut-être jamais entendu son nom, mais Joseph Bell est connu dans le monde entier à travers son alter ego littéraire. Ce chirurgien né au milieu du XIXe siècle est non seulement un praticien et un professeur talentueux, mais il est également un observateur hors pair.

Ses capacités de déduction exceptionnelles, qui lui permettent de deviner les troubles et certains éléments de la vie de ses malades avant même que ceux-ci n'aient eu le temps d'ouvrir la bouche lui valent l'admiration de l'un de ses plus fervents étudiants : Arthur Conan Doyle. L'histoire de Joseph Bell, c'est celle du véritable Sherlock Holmes derrière celui de Baker Street, que nous vous proposons de découvrir aujourd'hui.


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Transcription du podcast :

​​​​​​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd’hui, nous partons en Écosse, à la rencontre de l’homme dont l’esprit brillant inspirera le personnage de Sherlock Holmes. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

Nous sommes en 1880. Des échos de voix et de métal résonnent dans les couloirs de pierre de l’infirmerie royale d’Édimbourg. La lumière du soleil filtre à travers les fenêtres à guillotine du bâtiment, tandis qu’infirmiers et médecins s’affairent d’une chambre à l’autre. Dans la salle d’admission, un personnage à la silhouette filiforme vient de faire irruption parmi les malades et les blessés. Il est entouré d’un groupe d’étudiants aux yeux brillants, manifestement suspendus à ses lèvres dans l’attente de quelque déclaration exceptionnelle. Le chirurgien Joseph Bell fait quelques pas vers un homme assis sur l’un des bancs de bois et le détaille un instant. Rien ne semble particulièrement distinguer ce patient des autres, mais lorsque l’éminent professeur ouvre la bouche, l’assistance reste coite :

« Eh bien mon brave, vous avez servi dans l’armée.

– Oui monsieur.

– Déchargé depuis peu ?

– Oui monsieur.

– D’un régiment des Highlands ?

– Oui monsieur.

– Stationné à la Barbade ?

– Oui monsieur. »

Se tournant alors vers ses élèves, dont les yeux sont à présent ronds comme des soucoupes, Bell explique : « Voyez-vous messieurs, cet homme est tout à fait respectable, mais il n’a pas ôté son couvre-chef, car il en va ainsi dans l’armée. S’il en avait été déchargé depuis longtemps, il aurait eu le temps d’acquérir les mœurs civiles. Son air autoritaire laisse aisément deviner qu’il est écossais. Et pour ce qui est de la Barbade, on peut voir qu’il est atteint d’éléphantiasis, une maladie provenant des Indes et non d’Angleterre. » Dans le groupe d’étudiants, Arthur Conan Doyle, 20 ans et des idées plein la tête, écoute avec passion ce professeur qui, il l’ignore encore, lui inspirera l’un des plus grands personnages de fiction.

Joseph Bell naît le 2 décembre 1837 à Édimbourg. Il est le digne descendant d’une famille de chirurgiens qui depuis 140 ans occupent des postes prestigieux dans la communauté médicale de la capitale. On y trouve notamment Benjamin Bell, considéré comme le premier chirurgien scientifique en Ecosse et Charles Bell, qui donne son nom à une paralysie faciale. Bien qu’il soit le dernier de sa lignée à exercer cette profession, loin de mettre un terme à la légende familiale, Bell lui permet de prospérer de la plus étonnante des manières.

Le jeune homme accomplit des études brillantes et sort diplômé de l’université en 1859, à l’âge de 21 ans. Il devient interne à l’infirmerie royale sous le mentorat du professeur James Syme, surnommé le Napoléon de la chirurgie et assistant de Robert Liston, dont nous avons déjà conté la catastrophique opération dans un précédent épisode. En parallèle d’un début de carrière remarquable, Bell s’adonne à deux de ses passions, qui dénotent déjà son goût prononcé pour l’investigation : la dialectologie, ou la branche permettant d’identifier la provenance d’un individu à partir de son accent et de son vocabulaire ; et l’étude de l’écriture manuscrite et de ce qu’elle peut révéler sur l’origine et le statut social d’une personne. À l’âge de 26 ans, Bell donne ses premiers cours à Surgeon Square, où il fait rapidement sensation. Il faut dire que son physique à lui seul suffit à le notable. Grand, mince, les épaules carrées et le visage mat entouré de grands favoris, il est doté d’une paire d’yeux gris au regard pénétrant et se déplace d’une démarche claudicante suite à la diphtérie qui a paralysé l’une de ses jambes. Avec ses formidables talents d’enseignant, il est également un observateur hors pair. L’un de ses étudiants raconte : 

« Il s’asseyait dans sa salle de réception, le visage rouge comme un Indien, et diagnostiquait les gens qui arrivaient avant même qu'ils n'aient eu le temps d’ouvrir la bouche. Il leur exposait leurs symptômes, et même des détails de leur vie passée, sans presque jamais commettre d’erreur. »

Cet étudiant, c’est Conan Doyle, et il n’a d’yeux que pour son mentor. Les deux hommes partagent d’ailleurs une appréciation mutuelle, Bell décrivant son élève comme un jeune homme doté des meilleures qualités :

« Des yeux et des oreilles qui peuvent voir et entendre, une mémoire capable d'enregistrer immédiatement et de rappeler à loisir les impressions des sens, et une imagination capable de tisser une théorie, de reconstituer une chaîne brisée ou de démêler un indice emmêlé. Tels sont les instruments de travail d'un diagnosticien accompli. »

Au bout de sa deuxième année d’étude, Conan Doyle devient l’un des assistants de Bell, qui semble s’être pris d’affection pour son esprit aiguisé. Il absorbe chacune de ses paroles lors des cours que le professeur donne dans des amphithéâtres pleins à craquer. Il le suit, aux côtés d’autres étudiants chanceux, lors de ses gardes, et ne peut que s’extasier face aux déductions époustouflantes qu’il parvient à réaliser en un simple coup d’œil. Des années plus tard, l’auteur raconte combien l’échange entre Bell et le patient écossais l’a marqué. Il ne fait nul doute que de tels épisodes lui ont inspiré entre autres la rencontre la plus célèbre du monde de la littérature : celle entre John Watson et Sherlock Holmes. Une amitié profonde se tisse et perdure entre les deux hommes et lorsque Conan Doyle publie pour la première fois les aventures du détective, il ne manque pas de rappeler à Bell que Sherlock ne serait rien sans lui. La ressemblance entre les deux personnages est si frappante qu’elle n’échappe pas à Robert Louis Stevenson, auteur de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, et lui aussi ancien élève du chirurgien écossais.

Quand il n’est pas au chevet des membres de la famille royale, en train d’opérer, ou d’enseigner la chirurgie, on raconte que Bell prête ses talents de profiler aux forces de police. Si l’on en croit certaines sources, il aurait même pris part à la traque de Jack l’Éventreur aux côtés de Scotland Yard, en 1888. Mais les pistes permettant d’évaluer la véracité de cette histoire sont aussi troubles que celle menant à l’Éventreur lui-même.

Après une carrière couronnée de succès, le bien-aimé et admiré Joseph Bell s’éteint dans le petit village de Milton Bridge, le 4 octobre 1911. Non content d’avoir marqué son époque, il laisse également derrière lui un héritage considérable, tant dans le domaine de la médecine que dans celui de la criminologie et, inopinément, dans la littérature. Conan Doyle n’est d’ailleurs pas le seul à prendre inspiration sur son professeur puisque du côté de la bande dessinée, Joann Sfar lui consacre toute une série d’aventures fantastiques à son nom. Il est également le mentor de l’un des trois personnages principaux dans le manga steampunk City Hall.

Si peu de gens se souviennent aujourd’hui de son nom, Joseph Bell aurait été ravi d’apprendre que celui-ci continue de vivre dans les pages de fiction, visibles par tous, mais reconnaissable uniquement pour ceux qui savent observer.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Le générique de ce podcast a été composé par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Boris Diniz et à Loulou de Boneless, qui prêtent leurs voix respectivement au patient écossais et à Arthur Conan Doyle, et à François de la chaîne YouTube Primum Non Nocere, qui interprète le rôle de Joseph Bell. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !


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  • Vingt-quatrième Caprice de Paganini


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Mar 27, 2021
Marc Seguin, à la conquête du rail
9:56

Marc Seguin est l'un de ces inventeurs qui ont marqué l'histoire de l'ingénierie française. Petit-neveu du célèbre Joseph de Montgolfier, qui co-inventa la montgolfière avec son frère Jacques-Étienne, il grandit entouré de machines qui le fascinent et l'inspirent. En 1822, à l'âge de 36 ans, il se lance dans une période d'innovation qui lui vaudra de faire partie des 72 savants dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel.

Parmi ses inventions, on trouve la locomotive Seguin. Témoin de l'expansion du chemin de fer en France, elle est six fois plus puissante que les locomotives à vapeur de son temps, traçant sa route à la vitesse impressionnante (pour l'époque) de 30 km/h. Montez à bord, on vous emmène.


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Transcription du podcast :

Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Franck, et je serai votre guide temporel au cours de cette excursion. Aujourd’hui, nous prenons le train pour aller rencontrer Marc Seguin, un pionner de la grande histoire du chemin de fer. Vous écoutez Chasseurs de Science, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

1er octobre 1829, gare centrale de Lyon. Marc Seguin est installé devant les commandes de sa machine, les mains posées sur ses leviers de métal gantés de bois. Il sent son pouls frémir au bout de ses doigts, engagé dans un dialogue silencieux avec l’engin. Dans quelques instants, il s'élancera avec son train en direction de Saint-Étienne. Sur le quai, l'excitation est à son comble. Des journalistes et des curieux se sont rassemblés autour de cette bien curieuse machine : la locomotive Seguin qui va faire ses premiers tours de roue. Les voyageurs prennent place dans le train, et le coup de sifflet est donné. Marc Seguin, rayonnant de fierté, pousse quelques manettes et la locomotive s'élance en soufflant et en crachant fumée et vapeur. Elle accélère, entraînant avec elle le cœur du conducteur. La machine atteint sa vitesse maximum de 12 km/h. Cela paraît peut-être dérisoire aujourd'hui, mais à l'époque c’est une prouesse, un nouveau record inscrit dans les registres de l’Histoire. Marc Seguin est le premier à conduire une locomotive à chaudière tubulaire.

Marc Seguin naît le 20 avril 1786 à Annonay. Il est le fils aîné de Marc François Seguin et d’Augustine Thérèse de Montgolfier. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est parce que le grand-oncle de Marc n’est autre que le célèbre Joseph de Montgolfier, qui inventa la montgolfière avec son frère Jacques-Étienne. Ce parent notoire guide le jeune garçon dans son apprentissage des sciences et l'invite régulièrement dans son laboratoire du conservatoire où ce dernier découvre tout un monde de machines qui le passionne. Entré dans la vie active, il intègre la fabrique de drap familial, où il a pour tâche de démarcher les clients. Il fonde ensuite avec son frère une manufacture de feutre pour papeterie.

Un matin froid de la fin de l'année 1822, Marc se tient sur le quai de la ville de Brest. Alors âgé de 36 ans, son cerveau bouillonne d'idées qui ne demandent qu'à être réalisées. Autre chose bouillonne juste devant lui : la chaudière du bateau à vapeur qui traverse le port sous ses yeux. Il ne lui en faut pas plus. Cette simple vision lui donne l'idée de créer en 1825 avec Pierre-François de Montgolfier et Louis Henri Daniel d'Ayme la Société de halage par la vapeur à point fixe sur le Rhône. Cette curieuse dénomination nécessite quelques explications. Lorsque les bateaux descendent le Rhône, ils leur suffisent de se laisser porter par le courant. En revanche, pour remonter le Rhône, les embarcations doivent être tirées depuis la rive par des chevaux au moyen de câbles. L’idée de Marc Seguin est de remplacer les chevaux par des treuils entraînés par une machine à vapeur disposée sur la rive. Les câbles attachés aux bateaux s'enroulent autour du treuil, tirant ainsi celui-ci. Malheureusement, les chaudières qui alimentent la machine à vapeur ne sont pas suffisamment puissantes. Deux ans après la création de la société, un bateau heurte la pile d'un pont à Lyon. La chaudière éclate, et le bateau sombre, provoquant la mort de 28 personnes. La société est liquidée.

Cette malheureuse expérience n’est pas sans apprentissage, car c’est elle qui pousse Marc Seguin à imaginer la chaudière tubulaire. Le corps de chauffe y est traversé par de multiples tubes dans lesquels circulent les gaz, garantissant une meilleure répartition de la chaleur. Un procédé révolutionnaire qui permet de multiplier par six la puissance de la locomotive !

En 1825, Marc se rend en Angleterre, et devient ami avec l’ingénieur Georges Stephenson. Là-bas, il l'aide à construire « The rocket », « La fusée » en Français, l’une des toutes premières locomotives à vapeur à chaudière tubulaire basées son invention. Convaincu du potentiel du transport ferroviaire, il suggère au gouvernement français de construire une ligne de chemin de fer de 56 km entre Saint-Étienne et Lyon. La ligne est concédée au profit des frères Seguin et de deux autres entités, le 7 mars 1827. Marc rencontre beaucoup de difficultés pour la construction de sa ligne. La loi d'expropriation n'existe pas à l'époque, et il doit user de beaucoup de ruses pour réussir à acheter les terrains. Un jour, l’inventeur se rend chez un particulier pour réaliser des relevés cadastraux. Personne ne répond lorsqu'il frappe à la porte. Comme il a l'habitude de faire dans ce cas, Seguin ne se démonte pas, pénètre dans la propriété, et commence ses relevés. Si le propriétaire vient lui faire des reproches, il aura des arguments tout prêts pour le calmer. Mais cette fois-ci les choses ne se passent pas comme prévu. En découvrant un intrus sur son terrain, le paysan qui détient les lieux décroche son fusil, et tire une décharge de chevrotine dans sa direction. Fort heureusement, il le manque de peu, mais laisse un souvenir cuisant à Marc Seguin.

À l’été 1830, un premier tronçon de ligne ouvre entre Givors et Rive-de-Gier. Il est utilisé dans un premier temps au service des marchandises et pendant plusieurs mois, on emploie des chevaux pour la traction. C’est ensuite la locomotive Seguin qui fait ses premiers tours de roue, quelques jours avant « La fusée » de George Stephenson. Un second et un troisième tronçon ouvrent en 1832 entre Lyon et Givors et entre Rive-de-Gier et Saint-Étienne, toujours pour le transport de marchandises.

La même année, les voyageurs sont progressivement acceptés. Et si vous pensez que le RER n'est pas confortable, imaginez-vous bien qu'à l'époque, ces derniers n'avaient rien d'autre que de la paille répandue sur le sol pour assurer leur confort. Pour autant, les autres modes de transport, dont les postes à chevaux, voient très mal cette nouvelle concurrence, et ils sabotent régulièrement la ligne en faisant dérailler les trains, sauter les chaudières, ou en incendiant les wagons - une tâche amplement facilitée par la paille sèche qui en tapisse les planches. Quand ce ne sont pas les saboteurs qui portent préjudice à la compagnie Seguin, ce sont les voyageurs eux-mêmes qui s'y mettent. Ils taillent les draps posés sur les banquettes pour en faire des gilets, et se servent des tirants de cuir aux fenêtres comme de bretelles.

Malgré ces déboires, la compagnie exploite la ligne pendant 26 ans. En 1853, la compagnie Seguin disparaît avec 2 autres compagnies de chemin de fer voisin. Les 3 compagnies fusionnent pour donner naissance à une nouvelle : la Compagnie des chemins de fer de jonction du Rhône à la Loire.

Atteint d'une fluxion de poitrine, Marc Seguin meurt le 24 février 1875, à l'âge de 88 ans. En plus de la navigation fluviale, des locomotives à vapeur et des lignes de chemin de fer, il a aussi été à l'origine de la création des ponts suspendus à câbles, s’est essayé aux travaux aéronautiques en construisant des machines volantes et a rédigé plusieurs ouvrages. Considéré comme le père du chemin de fer Français, il a révolutionné le monde du transport et fait partie des 72 de savants dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Franck Menant. Si vous appréciez notre travail, n'hésitez pas à vous abonner et à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez nous retrouver sur Apple Podcast, Spotify, Deezer, Castbox et bien d'autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science.



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Mar 13, 2021
Typhoid Mary, meurtrière malgré elle
10:32

Au début du 20ème siècle, la fièvre typhoïde se répand comme un traînée de poudre à New-York. George Soper est chargé d’enquêter sur les origines de la maladie. Rapidement, il suit la trace d’une cuisinière irlandaise qui semble contaminer tous ceux qu’elle croise.

L’histoire de Mary Mallon, mieux connue sous le nom de Typhoid Mary, est celle de l’une des premières porteuses saines connues de l’Histoire, mais aussi celle d’une femme immigrée, qui a vécu la plus grande partie de sa vie emprisonnée dans un hôpital.


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Feb 27, 2021
Caroline Herschel : la géante méconnue de l'astronomie
9:47

Nombre d'entre vous êtes probablement déjà familiers avec le célèbre astronome William Herschel. Mais avez-vous déjà entendu parler de sa sœur ? Scientifique brillante et assistante dévouée, Caroline Herschel a sacrifié sa vie à son frère et consacré le peu qui lui restait à ses propres recherches. Son travail remarquable lui a valu un succès notable pour son époque, mais peu de gens se souviennent de son nom aujourd'hui.

Pourtant, Caroline Herschel est une femme de records. Au cours de sa carrière, elle découvre huit comètes, quatorze nébuleuses, catalogue des centaines de nouvelles étoiles et des galaxies, devient la première femme publiée par la revue de la Royal Society, ou encore la première astronome à recevoir un salaire pour son travail. Un destin de géante pour cette femme qui ne mesurait pas plus d’un mètre quarante, que nous vous invitons à découvrir dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science.


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Musique :

Paper Flakes, Walking Stars et Silver Lake par Rafael Krux

Licence: https://filmmusic.io/standard-license



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Feb 06, 2021
Bêtes de science, le teaser
0:36
Découvrez bientôt le nouveau podcast de Futura dédié à l'intelligence animale. À chaque épisode, partez à la découverte d'un nouvel animal et de ses comportements les plus étonnants. Rencontrez des oiseaux architectes, des poissons dessinateurs, des insectes cartographes et bien d'autres créatures dans Bêtes de Science ! Rendez-vous à partir du 3 février sur vos plateformes audio préférées !

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Jan 30, 2021
Chuck Yeager, l’homme le plus rapide du monde
10:31

Octobre 1947. Pour la première fois de l’Histoire, un bang supersonique produit par un avion retentit dans le ciel. Aux commandes : Chuck Yeager, pilote américain de génie.


Cet épisode de Chasseurs de science retrace la vie aventureuse du premier homme à avoir franchi le mur de son. Si cet exploit le rendit célèbre, il en connut bien d'autres jusqu'à sa mort le 7 décembre 2020. Rendons donc hommage à cet as du pilotage qui inspira aussi le cinéma.


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Transcription du podcast :

Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie votre guide temporelle. Aujourd’hui nous rendons hommage au pilote américain le plus doué de sa génération, Chuck Yaeger, décédé le 7 décembre 2020 à 97 ans. S’il a connu la gloire à l’automne 1947, le reste de sa vie aventureuse est tout aussi remarquable. 


14 octobre 1947, Californie. Altitude : 13.700 mètres. Température : glaciale.

Charles Elwood Yeager, surnommé Chuck, essaye tant bien que mal de trouver une position confortable dans le minuscule cockpit de son avion, un BX-1. Avec les deux côtes qu’il s’est cassées la veille lors d'une chute à cheval, ce n’est pas une mince affaire !

Dans quelques instants, la soute de l’avion-porteur qui le transporte s’ouvrira et il lancera son BX-1 par delà de la dernière limite connue : le mur du son. Le BX-1 a été conçu pour cela. C’est littéralement une balle de revolver dotée de petites ailes et d'un moteur-fusée à l’arrière. Il ne mesure que 3 mètres de haut pour 11 mètres de long. Chuck ne peut même pas étendre ses jambes dans le cockpit. Mais le défi ne l’impressionne pas le moins du monde. Du haut de ses 24 printemps, il en a vu d’autres !

Le pilote de l’avion-porteur le prévient de l’ouverture de la soute. Une raie de lumière éblouissante se dessine devant Chuck. Il pose ses lunettes de soleil sur son nez et met en marche son avion. L’appareil s’emballe, le cœur de son pilote aussi. Chuck pense à Glennis, sa femme, et à l’inscription « Glamorous Glennis », peinte en son hommage sur l'avant de son bolide.

Ça y est : le ciel s’étend devant lui. Le BX-1 s’élance comme un boulet de canon. Son nez pointu déchire littéralement l’air. L’accélération le cloue sur son siège et met à rude épreuve son corps endolori, mais Chuck prend toujours plus de vitesse. L’aiguille du machmètre monte doucement : 0,83, 0,88, 0,92. Il continue d’accélérer jusqu’à que l’aiguille sorte du compteur. 

À 10h18, le premier bang supersonique de l’histoire retentit dans le ciel californien, au-dessus du désert de Mojave. Chuck Yeager vole à Mach 1,05, soit 1.296,54 km/h. Il devient alors « the fastest man alive », le premier homme à franchir le mur du son lors d’un vol horizontal habité.

Chuck Yeager naît le 13 février 1923 dans une petite ville de Virginie-Occidentale sur la côte est des États-Unis. Il est le second enfant d’Albert Hal et de Susie Yeager, deux Américains modestes. C’est un enfant curieux et hyperactif mais qui ne brille pas par ses résultats scolaires. À l’adolescence, il préfère pêcher et chasser plutôt que de rester assis sur une chaise. On raconte qu’il est capable de tirer un chevreuil à 550 mètres de distance. Néanmoins, il montre d’incroyables capacités dans tous les domaines nécessitant un raisonnement mathématique, une coordination physique et du doigté. Ces dernières lui sauveront plusieurs fois la mise.

À la sortie du lycée, il s’engage sans attendre dans l’U.S Air Force. Nous sommes alors en 1941, et Chuck a tout juste dix-huit ans. Les longues heures passées avec son père à trifouiller des générateurs, des pompes et autres machines lui permettent de devenir mécanicien aéronautique. Mais ce n’est qu’une étape pour lui, son plan c’est devenir pilote. Son jeune âge et surtout le fait qu’il n’ait aucun diplôme d’étude supérieure le privent pour le moment de son rêve.

L’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 bouleverse le destin du monde et celui de Chuck Yeager. Les États-Unis entrent en guerre aux côtés des Alliés et l’U.S Air Force doit grossir ses effectifs de pilotes. Les pré-requis pour intégrer le programme d’entraînement sont assouplis. Chuck saisit sa chance et postule seulement six mois après son engagement. Grâce à son acuité visuelle hors du commun, évaluée à 20/10, il est sélectionné. Il devient officier pilote en mars 1943 et part pour la Grande-Bretagne en novembre de la même année. Il a alors 20 ans.

Chuck s’illustre rapidement aux commandes de son P-51 B, baptisé « Glamorous Glenn ». En mars 1944, il remporte sa première victoire en battant un Messerschmitt BF 109, fleuron de l’armée allemande. Le lendemain, il part pour sa neuvième mission, sûrement son fait de guerre le plus connu.

Avec ses coéquipiers, il doit escorter un bombardier américain jusqu’à l’aérodrome de Bergerac. Mais les Allemands attaquent l’escadron au-dessus de Biscarrosse et l’avion de Chuck est touché. Les commandes ne répondent plus, pas le choix, il lui faut abandonner le « Glamorous Glenn ». Il s’éjecte du cockpit à 6.000 mètres d’altitude. La température glaciale lui brûle les poumons et le manque d’oxygène lui fait tourner la tête alors qu’il est en chute libre. Sentant sa conscience le quitter, il ouvre son parachute à 2.500 mètres d’altitude. Chuck est alors à la merci des pilotes ennemis, sans aucun moyen de défense. Celui qui l’a descendu voit là une occasion parfaite d’en finir, mais un de ses coéquipiers lui sauve la vie.

Chuck termine sa descente près d’un moulin à la Rode. Là-bas vit une famille faisant partie de la résistance. Grâce à son aide et celle du voisinage, il traverse incognito les Pyrénées, affublé d’un béret et des vêtements du mari de l’une des résistantes. Il rejoint l’Espagne avec les huit autres survivants de son escadron, avant de rallier sa base en Angleterre.

Après cette déconvenue, il retourne en mission et continue d’écrire sa légende. Il devient « As d’un jour » en octobre. Ce terme définit les pilotes qui ont descendu cinq avions ennemis en une seule journée.

La fin de la guerre marque le début de sa deuxième carrière tout aussi prolifique : celle de pilote d’essai. Dès 1945, il s’entraîne sur les avions construits par la compagnie Bell pour franchir le mur du son. Il fait de nombreux essais, participe à l’amélioration du BX-1. Il flirte avec Mach 1 à de nombreuses reprises, mais ne le dépasse qu’après deux ans d'entraînement acharné, le 14 octobre 1947.

Il fait encore de nombreuses prouesses pour le compte de l'US Air Force. Le 10 décembre 1963, il frôle la mort dans une scène digne d’un film d’action. Lors d’un « zoom climb », une manœuvre où le pilote monte en flèche dans les cieux, il perd le contrôle d’un avion prototype à 33.000 mètres d’altitude. L’avion fait une chute vertigineuse sans que Chuck Yeager ne parvienne à le redresser. À 2.500 mètres du sol, il finit par s’éjecter et rejoint le plancher des vaches sain et sauf, avec le visage grièvement brûlé. C’est un de ses derniers exploits. Il prend sa retraite en 1975 à l'âge de 52 ans.

Jusqu’à sa mort le 7 décembre dernier, Charles Elwood Yeager est resté une légende. Le film L’Étoffe des Héros, sorti en 1983 et réalisé par Philip Kaufman, retrace les aventures des pilotes d’essais et futurs astronautes après la Seconde Guerre mondiale. C’est Sam Shepard qui campe le rôle de Chuck, mais ce dernier fait son apparition dans le métrage, lors d’un caméo plutôt cinglant.

Il joue un vieux serveur dans le bar Pancho Barnes et s’offusque qu’un des pilotes ne soit pas admis car il n’a pas fait d’étude supérieure comme les astronautes. Un reproche qu’on faisait souvent à Chuck, et qui était à l’origine de sa querelle avec une autre célébrité de son époque et pilote d’essai tout aussi doué que lui : Neil Armstrong.


Merci d’avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à nous le faire savoir en nous laissant une note et un commentaire sur votre plateforme d’écoute favorite. Pour soutenir notre travail, abonnez-vous et partagez vos épisodes préférés autour de vous. Merci pour votre fidélité. À bientôt pour un nouvel épisode de Chasseurs de science.



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Jan 16, 2021
L'extravagant William Buckland et le premier dinosaure
8:17

William Buckland, le paléontologue le plus fantasque de l’université d’Oxford est dans Chasseurs de science. Cet esprit aussi brillant que lunaire n’hésitait pas à raconter des anecdotes insolites à ces étudiants ou à les traumatiser avec des crânes d’animaux.

Mais si William Buckland est un original, il est aussi un grand scientifique. Au fil des années, il a rassemblé les fossiles d’une espèce antédiluvienne, un lézard géant qu’il baptise le Megalosaurus : le premier dinosaure décrit de l’histoire.


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Transcription du podcast :

Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura, je suis Julie et je serai guide temporelle pour ce voyage. Aujourd’hui nous remontons le temps à la racine de la paléontologie, en compagnie d’un homme qui a marqué l’histoire scientifique de la première moitié du XIXe siècle autant de par ses travaux scientifiques que de par sa personnalité fantasque.

À la fin du XVIIIe siècle, le jeune William Buckland parcourt en long et en large la campagne anglaise du Devon dans laquelle il vit. Il visite les grottes, les forêts, les carrières à la recherche de quelque chose de bien précis : des fossiles. En effet, le Devon, mais aussi le Dorset, juste à côté, sont connus pour leurs gisements d’ossements et de restes d’animaux. Bien des années plus tard, il fera une découverte qui marquera l’histoire des sciences.

William Buckland commence ses études sur les bancs des cours de théologie de l’université d’Oxford, mais il s’intéresse aussi aux sciences naturelles, et notamment à la géologie, où il excelle. En 1813, il devient chargé des cours de géologie et de minéralogie à l’université. Sa légende commence ici. 

Les cours de sciences naturelles n’attirent pas beaucoup d’étudiants car ils ne sont pas obligatoires. Mais peu à peu, les conférences de Buckland deviennent l’attraction de l’université. C’est un vrai showman qui tient ses élèves en haleine en vivant ses cours comme des pièces de théâtre, où la science côtoie des imitations clownesques. Ses qualités d'orateur font de lui un génie de la vulgarisation scientifique.

Un témoignage d’un étudiant de l’époque permet de s’imaginer l’ambiance qui régnait dans la salle de cours :

« Buckland, un crâne de hyène dans la main se précipita vers le premier élève assis au premier rang et cria " Qu’est-ce qui dirige le monde ? ". L’élève, absolument terrifié, ne répondit rien. Il se dirigea alors vers moi, le crâne de hyène tout près de mon visage. " Qu’est-ce qui dirige le monde ? " Sans connaître la réponse, je dis " L’estomac, sir ". Il poussa une exclamation. »

L’extravagant William Buckland propose aussi de l’alcool à ses élèves et n’hésite pas à partager ses anecdotes les plus insolites. Il assure qu’il a goûté à tous les animaux qui existent — sauf la taupe et la mouche à viande, qui sont immondes à ses yeux. Il en sert à dîner à ses invités. Il a aussi goûté de la chair humaine ! Il aime raconter qu’il a avalé un fragment du cœur de Louis XIV, sans dire s'il l'a trouvé à son goût, lors d’un dîner chez la famille Harcourt .

Sa personnalité n’empêche pas William Buckland d’être un scientifique sérieux. Les fossiles constituent toujours le squelette de son travail de recherche. Il publie un premier ouvrage remarqué en 1822. Dans Reliquiae Diluvianae il décrit et analyse plusieurs fossiles, notamment ceux d’un hippopotame, trouvés dans la grotte de Kirkdale dans le Yorkshire. Il démontre alors que ces restes ne proviennent pas d’animaux morts pendant le Déluge, mais qu’ils sont les témoins d’une faune tropicale passée. Fils d’un pasteur anglican et croyant lui-même, William Buckland ne partage pas les idées de Charles Darwin sur la théorie de l’évolution, mais il a tout de même un point de vue différent de ses contemporains créationnistes. Il pense qu’il existait des animaux sur Terre avant l'apparition des Hommes.

Ce n’est pas son travail le plus célèbre. Une autre collection de fossiles concentre toute l’attention de Buckland. Au fil des années, il en a découvert plusieurs dans la carrière de Stonesfield, qui appartiennent à la même espèce. Il a bien une idée en tête, mais elle semble folle. Il l’expose tout de même à l’anatomiste français George Cuvier. Ce dernier pense que les fossiles sont les restes d’animaux disparus, plus particulièrement des reptiles.

Après sa correspondances avec Cuvier, Buckland en est sûr : les vertèbres, les os des membres, et surtout cette mâchoire dotée de longues dents pointues, sont les restes d’un lézard géant, long de plus de 30 mètres, qui devaient marcher à quatre pattes, le ventre près du sol un peu comme un crocodile. Il le baptise Megalosaurus : le lézard géant. En 1824, il publie son ouvrage le plus célèbre Notes sur le Megalosaurus, ou le lézard géant de Stonesfield.

Sans le savoir, il vient de décrire le premier dinosaure de l’histoire. En effet, le mot « dinosaure » ou dinosauria n’existe tout simplement pas. Il est inventé en 1841 par le paléontologue Richard Owen, à partir de deux mots grecs : deinos qui signifie « terriblement grand », et sauros pour « lézard ». Owen repense aussi la description de Buckland, en suggérant que le Megalosaurus possède de longues pattes postérieures et deux pattes antérieures plus petites, ce qui correspond plus à l’image actuelle des dinosaures.

Quelques années après la parution de son ouvrage phare, la santé mentale de Buckland commence à décliner. Ses extravagances cachent le début d’une démence sévère. Mais c’est un scientifique reconnu : il a reçu bon nombre d’honneur comme la médaille Copley de la Royal Society, la récompense la plus prestigieuse et ancienne décernée par la société savante anglaise, dont il fut membre de sa jeunesse. Et comme ses délires ne détonnent pas avec sa personnalité, personne ne le voit alors comme un vieil homme sénile. Il meurt finalement en 1856 à l’âge de 72 ans, laissant derrière lui un héritage énorme.

Si Buckland reste avant tout célèbre pour sa description du Megalosaurus, il est aussi à l’origine d’une discipline scientifique à part entière : l’analyse des coprolithes, des excréments fossilisés. On peut imaginer, au regard de la personnalité atypique de Buckland, que c'était sûrement sa plus grande fierté. 

En parlant des coprolithes, on raconte que le truculent scientifique buvait le thé avec ses invités, qui posaient leurs tasses et leurs cuillères sur une table faite à partir d’un énorme excrément fossilisé coupé en deux. 

Merci d’avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration Julie Kern.

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Dec 05, 2020
Charles Turner, l'homme qui parlait à l'oreille des insectes
11:02

Charles Henry Turner est l'une des grandes figures oubliées de la science. Né en 1867, il consacre sa vie à l'étude des animaux, de leur anatomie, de leurs comportements, de leurs perceptions et de leur intelligence. Scientifique passionné, travaillant sans relâche pour alimenter sa discipline, il bat de nombreux records, produit d'innombrables publications, mais il est également confronté à une société qui refuse de lui accorder le crédit qu'il mérite.

À cause de ses origines afro-américaines, les contributions de Turner bénéficieront à tous, mais son nom tombera dans les oubliettes de l'histoire. En parallèle de sa vie de chercheur, de professeur et de père de famille, il trouve encore le temps de militer pour l'égalité des droits civiques, et pour l'accès à l'éducation, d'offrir aux jeunes générations la chance qu'on lui refuse. L'histoire de Charles Turner, c'est celle d'un combat mené dans l'humilité, la passion et la détermination. Un combat qu'il est grand temps de déterrer de l'oubli.


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Transcription du podcast :

Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous plongeons dans le cerveau des animaux et des petites bêtes aux côtés de Charles Henry Turner, l’un des plus grands scientifiques oubliés du début du XXe siècle. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

Le soleil de l’été 1910 cogne fort au-dessus de la ville de Saint-Louis, Missouri. Mais Charles Turner n’en a cure. Agenouillé dans un champ qui borde le parc O’Fallon, le scientifique observe avec intensité les abeilles qui s’affairent au milieu du mélilot blanc. Ces dernières semblent ostensiblement ignorer les six disques rouges enduits de miel qu’il a soigneusement disposés au niveau des herbes sauvages. Les oreilles pleines du bourdonnement des travailleuses, il tente désespérément de les attirer lui-même vers ses fleurs artificielles, en vain. Cela fait deux heures qu’il est là, et il redoute que son étude ne se solde par un échec. Soudain, une ouvrière, vient se poser sur le rebord de l’un des disques, juste sous ses yeux. Elle est rapidement rejointe par une seconde, et Turner se réjouit de les voir toutes deux absorber le précieux liquide. L’expérience peut commencer.

Le lendemain, à 8 heures du matin, le scientifique retourne sur place pour découvrir que deux des disques ont été entièrement vidés de leur stock de miel, et que ses sujets ont même été jusqu’à emporter une partie de leur papier rouge, encore imbibé de sucre. Enthousiaste, il accroche six nouveaux cercles rouges identiques aux précédents, et six bleus pour leur part dépourvus de récompense. Immédiatement les abeilles arrivent par nuées pour butiner avec frénésie les coquelicots artificiels de Turner.

Maintenant arrive l’instant crucial : après un quart d’heure de ce manège aérien, alors que les travailleuses repartent vers la ruche pour y déposer leur butin, le chercheur se saisit de l’une des cibles rouges et la remplace par un cercle bleu, dans l’espoir de répondre à la question qui le taraude : « les abeilles sont-elles capables de distinguer les couleurs ? ». Les secondes passent, puis les minutes. Finalement, les créatures reviennent, fonçant tout droit vers le dernier lieu de récolte. Carnet de notes en main, Turner sent ses doigts enserrer le stylo dont la pointe est posée sur la page. Dans un splendide mouvement courbe, les abeilles changent subitement de destination en laissant derrière elles la cible azur, les antennes pointées vers la tache écarlate la plus proche. Turner jubile, mais l’expérimentation n’est pas terminée. Parce qu’il tient à fournir des résultats rigoureux, il passe encore plusieurs jours à tester une trentaine de manipulations, voyageant d’un cercle à l’autre comme une abeille dans un champ de fleurs. Il va jusqu’à façonner de petites cornes d’abondance en papier et recueille, en guise de final, des ouvrières dans la paume de sa main. Avec passion et application il rassemble les données qui lui permettront de mettre fin au débat qui anime le milieu des entomologistes depuis des décennies. Sa conclusion est proclamée avec une humilité et un engouement caractéristiques le 18 juillet 1910 : les abeilles sont bel et bien capables de discriminer les fleurs en fonction de leurs couleurs pour optimiser leur collecte.

C’est un accomplissement notoire pour Turner, un tour de force qui tombera dans les oubliettes de l’Histoire, et échappera même à la mémoire de ses pairs. Car à l’époque, un autre type de discrimination basée sur la couleur est en train de se jouer.

Né en 1867, deux ans après la fin de la Guerre civile, Charles Henry Turner est le fils d’un gardien d’église et d’une infirmière afro-américains, qui très tôt, lui transmettent l’amour de l’apprentissage et bientôt, celui de l’éducation. À l’âge de 19 ans, il quitte le lycée avec les meilleures notes de sa promotion, et un an après, il épouse la jeune institutrice Leontine Troy. Turner est le premier diplômé afro-américain de l’université de Cincinnati lorsqu’il obtient son master en 1886, puis devient possiblement le premier à recevoir un doctorat de l’université de Chicago, avec les honneurs, en 1907. Au cours de la décennie qui sépare ces deux événements, il démontre à maintes occasions son application et sa rigueur en publiant un travail de plus de 100 pages sur l’anatomie du cerveau chez les oiseaux, copieusement agrémenté d’illustrations détaillées. Cet article, son tout premier, est publié dans la prestigieuse revue Science, dont il est possiblement le premier contributeur afro-américain, installant, une fois encore, un nouveau record.

Il ne s’arrête pas là puisqu’en 1892, son article sur la construction des toiles d’araignées fait également de lui le premier auteur de psychologie comparée afro-américain. Un autre article est publié dans Science, suivi plus tard par un troisième, et, tant qu’à faire, Turner découvre plusieurs nouvelles espèces marines dans les eaux de Cincinnati. D’autre part, il rédige avec son mentor Clarence Herrick un volume de 500 pages sur les Entomostraca, une sous-espèce de crustacés vivant dans la région. Malheureusement, l’année de publication de l’ouvrage est également marquée par la mort de sa femme, laissant désormais à Charles la charge intégrale de ses trois enfants, âgés d’un à trois ans. 

Il redouble désormais d’ardeur afin d’offrir à sa famille la stabilité dont elle a besoin. En dépit de près d’une trentaine d’articles publiés en 1907 et d’une renommée qui s’étend jusqu’en Europe, Turner essuie des refus répétés et dans certains cas inhumains. Alors que le précédent directeur de l’université de Chicago, décédé en 1906, souhaitait rendre l’éducation accessible à tous et reconnaissait à Turner le statut d’autorité majeure dans son domaine, son successeur tient un autre discours. En place depuis moins d’un an lorsque notre ami zoologue obtient son doctorat (rappelons-le, avec les honneurs), il lui déclare qu’il ne recrutera pas un « n*gre ».

Accompagné de sa seconde femme et de ses trois enfants, ce dernier est donc contraint pendant plusieurs années de naviguer d’école en école. En parallèle de son travail à plein temps, et de sa vie de famille, il continue de produire deux articles par an, un rythme de production bien supérieur à celui de ses pairs de l’époque. Entomologiste passionné, il s’intéresse à toutes sortes de créatures : papillons de nuit, cafards, guêpes, vers, ou encore fourmis. On pense qu’il est le premier à tester le conditionnement pavlovien chez les insectes, il découvre que ceux-ci sont capables de percevoir les sons, de former des souvenirs, des pensées individuelles, peut-être même des émotions, d’exercer un libre arbitre distinct du simple acte réflexe ou instinctuel, il souligne l’importance de collecter des données dans la nature plutôt que dans un laboratoire, il instaure une méthodologie rigoureuse incorporant des conditions contrôles... Bref, à travers sa soif de savoir, sa rigueur et son enthousiasme, Turner offre une contribution unique à sa discipline et nous invite à voir les insectes comme bien plus que de simples nuisibles sans cervelle. Il écrit :

« Après avoir étudié le sujet sous tous les angles possibles, je suis parvenu à la conviction que ni la fourmi grouillante, ni l'abeille volante, ni la guêpe chasseresse ne sont guidées par un mystérieux instinct, ou une combinaison de tropismes, ou uniquement par la mémoire musculaire, mais par quelque chose que chacun acquiert par expérience. »

À l’âge de 41 ans, Turner s’établit enfin au lycée Sumner de Saint-Louis, le premier lycée afro-américain fondé à l’est du Mississippi. Il sait pertinemment qu’il ne s’y verra pas accorder de temps libre pour ses recherches, que son salaire de 1.080 dollars par an lui permettra à peine de subvenir à ses besoins, que la charge de travail sera lourde et ingrate, mais, ainsi qu’il l’exprime :

« Je sens qu’on a besoin de moi ici, et je peux y faire tellement pour mes semblables. »

Dès 1897, Turner produit plusieurs articles sur l’égalité des droits et l’accès à l’éducation. Cette dernière constitue selon lui la clef qui mettra fin au racisme dont lui et sa communauté sont victimes, et motive son envie d’enseigner dans des écoles accueillant des étudiants afro-américains. Il devient un emblème de la lutte pour les droits civiques à Saint-Louis et une figure d’attachement pour ses élèves, avec qui il mène diverses expérimentations sur les abeilles durant les pauses au réfectoire.

En 1922, le professeur, malade, prend sa retraite et passe ses derniers mois chez son fils, Darwin. Une dizaine de jours seulement après la célébration de ses 55 ans, Charles Turner s’éteint laissant derrière lui plus de 70 publications académiques, un héritage précieux pour les zoologues, les éthologues et les biologistes, et pas la moindre trace de ses contributions dans les livres d’Histoire. Né à une époque où les Afro-américains étaient encore traités par beaucoup comme du bétail ou des êtres dotés d’une intelligence inférieure, Turner fut très probablement délibérément ignoré et oublié par ses contemporains. C’est pourtant cette même science à laquelle il contribuera tout au long de sa vie qui démantèlera progressivement les croyances qui envenimèrent la société dans laquelle il vécut. La science, et le bon sens, dont il ne manqua jamais.

Son ami entomologiste Philip Rau déclarera à sa mort :

« Les handicaps et les contraintes qui ont marqué la carrière de Turner ont été nombreux, et il les a affrontés avec humilité et bravoure. »

Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Darryl Fantaisie, qui prête sa voix à Charles Turner, et à Guillaume Coolen, qui prête la sienne à Philip Rau.

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Nov 14, 2020
Judith Resnik : le destin tragique d’une femme dans l’espace
11:52

Dans les années 80, Judith Resnik vit son rêve. Elle est astronaute pour la Nasa et la deuxième femme américaine à s’être rendue dans l’espace. En janvier 1986, elle embarque à bord de la navette Challenger avec le reste de l’équipage.

Cette femme moderne sera l’une des victimes de la tristement mémorable explosion de Challenger. Cet épisode de Chasseurs de science vous propose de revivre ce tragique épisode de l’histoire de l’aérospatiale aux côtés de Judith.


Pour aller plus loin :

Découvrez le documentaire de la chaîne Stardust sur le drame de Challenger.

Rendez-vous sur CielMania pour y lire l'article de Jean-Baptiste Feldmann sur le mémorial lunaire créé en hommage à ces astronautes.



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Oct 24, 2020
Joseph Merrick, ou la véritable histoire d'Elephant Man
9:57

Né en 1862 en Angleterre, Joseph Merrick, aujourd'hui plus connu sous le nom d'Elephant Man, découvre rapidement que son existence sera inévitablement différente de celle des autres. Des déformations apparaissent sur l'ensemble de son corps dès ses plus jeunes années, le condamnant aux moqueries et à l'exclusion de la part de ses pairs victoriens, dont les mentalités associent encore trop souvent handicap et animalité.

Rejeté de toutes parts, exilé de la société, il décide de prendre son destin en main et devient « monstre humain ». Lors de ses périples, il rencontrera des étrangers bienveillants et des directeurs négligents, des visiteurs moqueurs et des amis aimants. Découvrez son histoire sur Chasseurs de Science !


Pour aller plus loin :


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Transcription du podcast:

Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous prenons un train pour l’époque victorienne afin d’y rencontrer Joseph Merrick, un homme aujourd’hui plus connu sous le nom d’Elephant Man. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

Joseph Carey Merrick naît le 5 août 1862 dans la ville de Leicester, en Angleterre. Ce beau bébé en pleine santé est le premier de sa fratrie et fait la fierté de ses parents, Mary et Joseph. Malheureusement, après seulement quelques années, des signes inquiétants commencent à se manifester chez lui. Vers l’âge de 2 ans, des gonflements apparaissent sur ses lèvres, puis une bosse prend progressivement forme sur son front. Alors qu’il n’est encore qu’un jeune enfant, sa peau se détend et durcit comme celle d’un éléphant, formant de tristes drapés sur ses membres qui se distordent à mesure qu’il grandit. Ses pieds s’épaississent et son bras gauche s’allonge et se déforme. À l’époque, la croyance selon laquelle les chocs émotionnels vécus par la mère enceinte peuvent influencer profondément l’apparence de son futur enfant est encore fermement ancrée dans les mentalités, et les parents du jeune Joseph sont persuadés que sa difformité est liée à un accident survenu plus tôt durant la grossesse, durant lequel Mary avait été bousculée et effrayée par un éléphant de foire.

Durant sa jeunesse, Joseph fait également une mauvaise chute qui endommage irréversiblement sa hanche gauche et le laisse boiteux. En dépit de ses handicaps, il suit une scolarité normale, aidé par sa mère qui est elle-même institutrice les dimanches. Sa relation avec cette dernière ne sera malheureusement que de courte durée car moins de trois années après la mort de son second fils, William, emporté à l’âge de 4 ans par la scarlatine, Mary succombe d’une bronchopneumonie. Merrick père, accompagné de Joseph et de sa sœur Marion Eliza, emménage chez Emma Wood Antill, elle aussi veuve, qu’il épouse un an après.

À 13 ans, Joseph a fini l’école mais ne sait comment s’extirper de ce nouveau foyer où il se sent privé d’affection. Il travaille trois ans comme rouleur de cigares dans une fabrique, mais la déformation progressive de ses mains l’oblige finalement à trouver un autre poste. Impatient de se décharger de cette bouche à nourrir, son père lui obtient une licence de marchand ambulant. Une bien mauvaise idée pour le pauvre Joseph dont l’apparence et la diction gênée par son visage toujours plus distordu rebutent les sensibles esprits victoriens. Face à son insuccès, ses employeurs finissent par lui retirer sa licence et, désormais âgé de 17 ans, Joseph intègre une workhouse, dernier asile des pauvres en quête de travail et d’un lieu où dormir. Il y subira une opération du visage, destinée à retirer une partie de la masse qui a envahi sa bouche, l’empêchant de s’exprimer et de manger. En dépit de cette heureuse intervention, les conditions de vie de l’établissement sont insoutenables pour Merrick. Il décide de trouver un nouveau refuge et écrit une lettre au célèbre chanteur Sam Torr, lui demandant de l’embaucher comme monstre humain.

Après une première tournée dans les Midlands de l’Est, Joseph rencontre son nouveau manager, Tom Norman, à Londres. Ce dernier l’installe dans l’une de ses galeries populaires, entouré d’affiches horrifiques dépeignant une créature hybride à moitié homme, à moitié éléphant, et une brochure explicative est rédigée et vendue aux visiteurs. Chaque jour, les Londoniens et les étudiants médicaux de l’hôpital de Londres, situé dans un bâtiment non loin, viennent contempler le visage de l’homme qui fait tant parler de lui. Et chaque soir, Merrick s’endort assis dans son lit de camp entouré de minces rideaux, ses jambes repliées sous son menton afin d’éviter que le poids de sa tête ne lui brise la nuque dans son sommeil.

C’est par le bouche à oreille que le docteur Frederick Treves entend pour la première fois parler de l’homme-éléphant. Il organise plusieurs examens durant lesquels il n’a guère plus d’estime pour Merrick que pour une simple curiosité médicale. Il en capture des photographies désormais célèbres, le mesure et le présente à ses pairs. Son sujet d’étude est cependant vite excédé par ses manières cavalières et coupe court à leur relation. Mais ne l’oubliez pas, car il refera une apparition dans notre histoire.

Le spectacle de l’homme éléphant à Londres est rapidement interrompu par un public de plus en plus soucieux des droits et du traitement de ceux que l’on appelle les monstres humains. Après seulement quelques mois, Norman est contraint de fermer boutique et Merrick doit trouver un nouvel emploi. Après quelques tentatives infructueuses en Angleterre, il s’engage sur les routes d’Europe avec l’espoir de ses impresarios qu’il y sera mieux reçu. Cependant les questionnements éthiques et l’apparence de Joseph, qui semble générer plus d’attention négative que de ventes en billetterie, amènent son dernier directeur à le délaisser. Il lui dérobe au passage les 50 livres qu’il avait économisées, l’équivalent aujourd’hui de près de 6.000 euros. Abandonné et meurtri, Merrick retourne avec difficulté en Angleterre. Sur place, il cherche désespérément de l’aide auprès des étrangers qui croisent sa route, mais son apparence attise le mépris des uns tandis que sa diction le rend incompréhensible aux autres. Un policier recueille finalement le jeune homme épuisé, et contacte le docteur Treves, dont il retrouve une carte de visite dans les affaires de Merrick.

De retour à l’hôpital de Londres, le médecin aménage une chambre dans le grenier pour son ancienne connaissance. Joseph, atteint de bronchite, y est nourrit et reçoit les soins requis par sa santé, dont la détérioration n’a fait que s’accélérer. Bien que son état s’améliore progressivement grâce à l’attention du personnel soignant, les auscultations de Treves révèlent que son cœur ne tiendra pas plus de quelques années. Le directeur de l’hôpital, incapable de lui trouver une nouvelle résidence où finir ses jours, redoute que ce patient incurable ne leur coûte plus que l’établissement ne pourrait se le permettre. Mais lorsqu’il adresse une lettre au Times pour demander l’avis des lecteurs, il reçoit une réponse inattendue. Des dizaines de lettres et de dons déferlent de toutes parts, assurant à Merrick une stabilité méritée. Âgé de 24 ans, il déménage au rez-de-chaussée de l’hôpital, dans un appartement de deux pièces adapté à ses besoins, sans miroirs, et équipé d’un lit conçu sur mesure.

Une nouvelle amitié se forme alors entre Frederick et Joseph. Le médecin lui rend visite quotidiennement et apprend à décrypter ses paroles. Ravi, Merrick s’engage avec lui dans de longues discussions, en particulier durant les deux heures que lui accorde Treves chaque dimanche. Constatant que son ami peine à établir un contact avec les femmes de la société victorienne, ce dernier décide de lui présenter son amie, Leila Maturin. La gentillesse de la jeune veuve émeut Joseph aux larmes. Submergé par les émotions, il conclut rapidement l’entretien, mais une relation épistolaire s’installe petit à petit entre les deux protagonistes, dont nous restera la seule lettre écrite de Merrick qui nous soit jamais parvenue.

Celui que l’on appelle désormais uniquement par son nom de baptême mène une vie relativement heureuse à l’hôpital de Londres. Ses après-midis sont occupées par la fabrication de maquettes et de paniers, et ses soirées par des promenades en solitaire dans le jardin adjacent à sa chambre. Il reçoit de fréquentes visites de plusieurs membres de la haute société et reprend tellement confiance en lui qu’il arpente finalement les couloirs de l’hôpital, au grand dam des infirmières qui redoutent qu’il n’effraie les patients. À l’âge de 27 ans, Joseph Merrick s’éteint, allongé dans son lit, la nuque brisée par le poids de son crâne difforme. Conscient que son ami avait toujours veillé à dormir en position assise, Treves en déduira que le jeune homme aura voulu tenter au moins une fois dans sa vie l’expérience de s’allonger comme une personne normale. David Lynch, qui adaptera la vie de cet individu exceptionnel au cinéma en 1980, offrira une lecture plus ambiguë de cet acte ultime.

Des études faites sur les ossements de Joseph Merrick révéleront plus tard qu’il souffrait du syndrome de Protée, une maladie génétique pouvant affecter gravement la croissance des tissus conjonctifs, épidermiques et osseux. Grâce à la bienveillance des personnes qui l’ont entouré durant les dernières années de sa vie, Merrick a pu connaître l’affection et l’attention qui lui ont tant fait défaut durant ses plus jeunes années, révélant un garçon cultivé, aimable et curieux. Son histoire nous rappelle, aujourd’hui plus que jamais, que le respect de la vie de chacun est un devoir fondamental qu’aucune différence d’apparence, de langage ou de couleur de peau ne saurait annuler.

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Oct 03, 2020
Marie Curie et sa fille Irène, deux femmes au front avec les rayons X
10:26

Aux premières heures de la Grande Guerre, Marie Curie souhaite tout de suite s’engager auprès des soldats blessés. Elle a une idée qui va révolutionner leur prise en charge : faire venir l’hôpital directement sur le front.

Pour assurer sa mission, elle peut compter sur le soutien de sa fille Irène Joliot-Curie. A l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, le 12 septembre 1897, Chasseurs de science revient cette aventure familiale au bord d’un véhicule médical sortit tout droit du cerveau brillant de Marie Curie.


Pour aller plus loin :



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Sep 12, 2020
Nicolas Bourbaki : aux origines de la société secrète de mathématiciens
10:09

Nicolas Bourbaki a su révolutionner en profondeur les mathématiques du XXe siècle, en France et dans le monde entier. Ses onze volumes de mathématiques ont su proposer un regard neuf sur la discipline, accompagné d'une révision des fondamentaux et un travail colossal de clarification et de réorganisation. Pourtant, Nicolas Bourbaki n'a jamais existé.


Derrière son nom se cache en réalité une société secrète de brillants mathématiciens, fondée en 1935. Leur objectif : exposer les mathématiques depuis leur début en réalisant un grand coup de ménage. L'héritage presque centenaire de Nicolas Bourbaki est aussi important aujourd'hui que l'histoire de ses origines est fascinante.


Pour aller plus loin :

La biographie de Nicolas Bourbaki

Grothendieck : l'Albert Einstein des mathématiques du XXe siécle est décédé



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Aug 26, 2020
Zarafa, une girafe à Paris
10:06

En 1826, un girafon arraché à sa mère va connaître un destin hors du commun. Offerte au roi de France Charles X par le pacha d’Egypte, Zarafa deviendra l’objet de tous les désires. Des centaines de milliers de Français se passionneront pour l’animal au long cou.


Cet épisode de Chasseurs de Science vous propose de suivre Zarafa dans sa déambulation à travers la France. D’Alexandrie jusqu’à Paris en passant par Marseille, elle n’a laissé personne indifférent !


Pour aller plus loin :



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Aug 06, 2020
Robert Liston et la seule opération de l'Histoire avec un taux de mortalité de 300 %
9:48

Dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science, venez à la rencontre du célèbre chirurgien Robert Liston, « le scalpel le plus rapide de l’Ouest » mais aussi audacieux personnage à l'origine de la seule opération de l'Histoire avec un taux de mortalité de 300 %.


Liston est une star du XIXe siècle. À une époque où l'anesthésie n'existe pas encore, sa capacité à pratiquer des opérations en à peine quelques dizaines de secondes en fait l’un des chirurgiens les plus prisés de Londres. Mais un jour, les choses prennent une tournure inattendue...


Pour aller plus loin :



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Jun 26, 2020
La baie de la Terreur : sort tragique en Arctique
10:50

Aventurez-vous au cœur de l'une des contrées les plus hostiles de la planète aux côtés du capitaine John Franklin, dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science.


En 1845, les navires HMS Erebus et HMS Terror quittent un port d'Angleterre en quête d'une nouvelle route commerciale fendant les eaux glacées de l'Arctique. Ils sont alors loin de se douter qu'ils s'apprêtent à s'engager dans une véritable descente aux enfers, dont pas un seul membre de l'équipage ne réchappera.


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Transcription du podcast:

Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Ensemble, nous lèverons l'ancre dans un port d'Angleterre pour nous aventurer aux confins des étendues glacées et impitoyables de l'Arctique, sur les traces d'une expédition au sort tragique. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux et à nous laisser un commentaire.

Nous sommes en 1845, dans le port de Greenhithe, et deux des joyaux de la marine royale anglaise s'apprêtent à quitter leur pays natal. Le HMS Erebus et HMS Terror sont des modèles d'avancée technologique pour leur époque : rapides et puissants, ils sont même équipés d'un système de chauffage interne. De chauffage, ils en auront d'ailleurs besoin, car le capitaine Sir John Franklin s'apprête à mener son expédition, constituée de 134 officiers et membres d'équipage, dans les eaux gelées du cercle Arctique.

Au début du XIXe siècle, la majorité des océans a déjà été explorée et cartographiée. Néanmoins, une terra - ou plutôt une acqua - incognita demeure convoitée par de nombreux pays : le célèbre passage Nord-Ouest, qui offrirait aux marins européens la possibilité de joindre l'Extrême-Orient sans avoir à contourner les Amériques ou l'Asie. Fendant les eaux au nord de l'Atlantique, traversant l'archipel arctique canadien et longeant la côte alaskienne, le passage devait déboucher sur l'océan Pacifique via le détroit de Bering découvert trois siècles plus tôt. 

Après une traversée relativement paisible de l'océan Atlantique, l'expédition Franklin s'arrête au Groenland pour un ultime ravitaillement. Cinq marins sont renvoyés chez eux pour raisons médicales, portant avec eux les dernières nouvelles que l'Angleterre recevrait de l'équipage, en route vers son inéluctable disparition.

Ce ne sera que deux ans et demi plus tard, lors de l'hiver 1847 que la marine royale entendra enfin les sollicitations inquiètes de la femme de Sir Franklin et dépêchera en 1848 une mission de sauvetage afin de retrouver le capitaine et ses hommes. Le premier indice est découvert en 1850 sur l'île Beechey : trois pierres tombales, portant les noms d'un officier et de deux membres de l'équipage.

Grâce aux découvertes des décennies suivantes, et aux avancées de la science moderne, le sort de l'expédition Franklin a depuis été presque intégralement retracé et raconte l'histoire d'une terrible descente aux enfers.

Les dates inscrites sur les tombes indiquent aux historiens que deux des hommes seraient morts en janvier 1846, tandis que le troisième ne serait passé à trépas qu'en avril de la même année. Ces éléments suggèrent que l'expédition aurait fait halte plusieurs mois sur l'île, afin de protéger les navires et l'équipage contre le dur hiver arctique, durant lequel les eaux se transforment en véritable piège de glace.

Une fois le printemps arrivé, HMS Erebus et HMS Terror reprirent leur route vers le sud de l'archipel canadien, en direction de l'île King William, où le passage tant espéré devait se trouver. Ils étaient alors loin de se douter qu'ils s'apprêtaient à emprunter l'une des voies navigables les plus dangereuses de l'Arctique, et rapidement, les navires se trouvèrent complètement immobilisés. Un message laissé par l'équipage sur l'île en mai 1847, via un dispositif dédié à ce type de communication, indique que les navires avaient été emprisonnés par la glace par deux fois, lors des hivers 1846 et 1847. 

Tout aurait pu suggérer que le voyage se déroulait sans autre encombre majeure si une note griffonnée dans un coin de la page n'avait indiqué une toute autre vérité.

Rédigée en avril 1848, celle-ci annonce la mort de Sir Franklin, de vingt-trois de ses hommes, et l'abandon des vaisseaux par l'équipage. Ces derniers, incapables de poursuivre plus loin par les eaux, s'étaient donné pour objectif de rejoindre en traîneau puis en canot le comptoir commercial le plus proche, au nord du continent américain. De récents carottages révèlent que la région avait connu plusieurs années particulièrement froides, durant lesquelles la glace refusait de fondre même en été, maintenant les navires dans un éternel joug de fer.

Grâce à l'exhumation des corps de l'île Beechey en 1984, les scientifiques purent découvrir l'origine des nombreuses morts qui pesaient sur l'expédition Franklin. Bien que les analyses révèlent que les trois hommes étaient morts de tuberculose ou de pneumonie, elles indiquèrent également la présence d'un élément inattendu : un taux anormal de plomb fut mesuré chez chacun d'eux. Afin d'affronter leur mission en eaux hostiles, HMS Erebus et HMS Terror transportaient en effet dans leur coque 3 ans de provisions sous la forme d'eau distillée et de boîtes de conserve, une invention récente dont l'Angleterre comptait bien tirer profit. Malheureusement, il semblerait que soit l'eau, soit la soudure au plomb utilisée sur les boîtes, aient participé à l'empoisonnement graduel d'une part importante des hommes de Franklin. Régulièrement affligés de migraines, de douleurs abdominales et musculaires, et d'un déclin progressif de leur système immunitaire, ceux-ci auraient sombré toujours plus profondément dans la folie alors que leur esprit se trouvait assailli de pertes de mémoire, d'hallucinations et d'épisodes paranoïaques. 

Un autre coupable, bien connu des marins, était le scorbut qui causait des ulcères nécrotiques sur tout le corps, la perte des dents et des hémorragies internes qui menaient inexorablement à la mort de la personne atteinte sans un traitement adéquat. Les conserves de fruits et de légumes à bord avaient bien pour but de pourvoir aux besoins en vitamine C des hommes d'équipage, néanmoins la marine ayant choisi de se fournir au plus bas coût possible, nombre d'entre elles étaient improprement closes. Ce défaut de fabrication pouvait être responsable de la perte d'efficacité de la vitamine, mais également de l'apparition de cas de botulisme. Ainsi, par-dessus les symptômes d'un potentiel empoisonnement au plomb et du scorbut s'ajoutaient la difficulté à avaler, à parler et à respirer, une fatigue intense, des vomissements et une paralysie musculaire.

Il est possible que les membres de l'expédition se soient aperçus des problèmes de santé causés par leurs provisions et aient choisi de chasser leur propre nourriture dans la mesure où un phoque ou deux pouvaient être débusqués. Malheureusement, le botulisme E est endémique de la région, et transmissible aux humains via le gibier qu'ils consomment. Aujourd'hui encore, l'Alaska compte un nombre de cas de botulisme particulièrement élevé, à l'origine de véritables dilemmes socio-culturels et sanitaires.

En somme, rien que l'expédition Franklin eût pu consommer n'était sûr. Mais là encore, d'autre facteurs pouvaient intervenir dans la disparition des 105 âmes restantes, dévorées par l'enfer glacé.

Une fois les navires abandonnés, alors qu'ils poursuivaient le reste du voyage à pied, les hommes durent tirer derrière eux sur d'immenses distances les centaines de kilos de canots, de provisions et de malades qui les accompagnaient. La transpiration générée par ce désagréable exercice gelait contre le corps tandis que les douleurs musculaires provoquées par les différentes maladies rendaient plus pénible encore cette marche sans fin. Le terrain, alternativement formé de glace, de gravier, de pierres coupantes ou de sable s'étendait, impardonnable, à l'infini, portant en lui la menace d'une attaque d'ours polaire ou de barrières infranchissables. 

À l'époque victorienne, des témoignages d'Inuits et celui d'un explorateur européen furent collectés, ainsi que plusieurs objets ayant appartenu à l'équipage, attestant du fait que leurs routes s'étaient à un moment croisées. Les Inuits décrivirent également un campement dénombrant pas moins de 30 morts, et de sinistres vestiges humains suggérant des actes de cannibalisme ; une hypothèse morbide qui sera plus tard confirmée par les scientifiques.

Au final, pas un seul des hommes de l'expédition Franklin n'aura survécu pour raconter sa véritable histoire. Quelques 60 ans plus tard, le célèbre aventurier Roald Amundsen devenait le premier explorateur connu à franchir le passage Nord-Ouest. Puis, un jour, en 2014 et 2016, les vestiges du HMS Erebus et HMS Terror étaient enfin découverts sous les eaux terribles de l'Arctique.

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Jun 06, 2020
Une plongée dans les ténèbres abyssales avec Challenger Deep
11:56

Et si vous embarquiez pour un lieu encore plus hostile que la surface de la Lune ? Cet épisode de Chasseurs de Science vous propose de monter dans le Trieste, le premier bathyscaphe à s’être posé à plus de 10.000 mètres de profondeur.


Suivez Jacques Piccard et Don Walsh durant leur descente périlleuse jusqu’à Challenger Deep. À chaque mètre, la pression devient écrasante, l’obscurité totale. Mais le voyage en vaut la peine. Là-bas, tout au fond, se cache un trésor inestimable.


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Transcription du podcast :

Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie, votre guide temporelle. Dans cet épisode, nous partirons pour les profondeurs insondables de l'océan, en compagnie d'un duo d'aventuriers mal assortis. Vous écoutez Chasseurs de Science. Si ce voyage vous plaît, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux et à nous laisser un commentaire sur les applications de podcast.

Vous êtes prêts ? Alors embarquons pour un lieu hostile, que seuls trois hommes ont vu de leurs propres yeux.

En 2012, James Cameron, réalisateur de cinéma, embarque dans Deepsea Challenger, aux larges des Îles Mariannes dans le Pacifique. Le sous-marin pèse 11,8 tonnes pour 7,3 mètres de longueur. Pourtant, l'espace vital de James Cameron n'est qu'une petite sphère de 1,9 m de diamètre. Étroit, pour un homme qui mesure plus d'un mètre quatre-vingt !

L'objectif de cette mission est sombre et inconnu. Hostile, même. Sous la surface s'étend un canyon insondable qui pourrait contenir le mont Everest. Le 25 mars vers 19h30 (GMT), le Deepsea Challenger s'enfonce dans les eaux du Pacifique. Après 2 heures 36 de descente, James Cameron aperçoit le fond de l'océan à 10.916 mètres de profondeur. Le cinéaste y restera quelques heures, avant de remonter vers la surface en 70 minutes seulement. Il est le seul à être descendu si profondément en solitaire.

Mais, cinquante ans auparavant, deux autres hommes ont découvert pour la première fois les paysages presque extraterrestres des profondeurs extrêmes de la zone hadale. Et les formes de vie qui y prospèrent.

Cet épisode de Chasseur de Science va vous plonger dans un lieu plus dangereux et énigmatique que la surface de la Lune : Challenger Deep, la région sous-marine la plus profonde jamais mesurée, plancher de la fosse des Mariannes. Pour le moment, ils sont douze à avoir marché sur la Lune, mais seulement trois à avoir touché le fond de l'océan. Jacques Piccard et Don Walsh sont les premiers. Mais avant de les rencontrer, remontons un peu plus en avant dans le temps.

Au XIXe siècle, le HMS Challenger de la Royal Navy sillonne les océans du globe. Le 23 mars 1875, le navire s'arrête à 140 milles nautiques de l'île de Guam dans le Pacifique. Commence alors un rituel que l'équipage a réalisé plus de 500 fois au cours des trois ans et demi qu'a duré l'expédition. 

Une épaisse corde lestée d'un morceau de fer est lancée à la mer. Le but : mesurer la profondeur de l'océan à cet endroit. La corde coule pendant de longues minutes avant de s'arrêter. Un marin relève alors la mesure : 4,475 fathoms soit 8,184 mètres. Ce n'est pas un record mais les premiers indices sur la topographie d'un canyon sous-marin gigantesque : la fosse des Mariannes.

En 1951, le HMS Challenger II vogue dans le sillage de son aîné. La technologie a évolué, et ce n'est plus une corde rustique qui permet de mesurer les profondeurs océaniques, mais un sonar. Plus de 10.900 mètres. Cette fois-ci, c'est un record !

Neuf ans plus tard, en 1960, deux hommes désirent voir de leurs propres yeux les profondeurs les plus extrêmes. Jacques Piccard, suisse, se qualifie lui-même de "savanteur" et appartient à une longue lignée d'explorateurs. On lui doit la création du ballon stratosphérique. Son père, Auguste, participe à la fabrication du Trieste, le bathyscaphe qui conduira Jacques dans les profondeurs océaniques. Son partenaire d'exploration est le militaire américain et océanographe, Don Walsh. Le dandy suisse et le jeune militaire, qui effectue là sa première mission pour l'US Navy, sont diamétralement opposés mais ont un objectif commun.

Le 23 janvier 1960 à 8 heures, Jacques Piccard et Don Walsh s'installent dans la sphère de métal du bathyscaphe dans une mer démontée. À deux, ils tiennent à peine dans le minuscule espace. La sphère est située sous un énorme flotteur de 15 mètres de long qui comprend plusieurs réservoirs remplis d'essence. Il leur permet de couler à pic mais aussi de remonter en lâchant du leste.

À 8h23, les deux hommes commencent leur plongée vers l'inconnu. Ils s'enfoncent sous la surface à une vitesse comprise entre 1 et 2 mètres par seconde. La lumière du soleil diminue progressivement... ainsi que la température. La pression qui augmente peu à peu fait grincer le métal qui résonne dans le vide de l'océan. 

100 mètres, 300 mètres, 1000 mètres, 3000 mètres... 

À 11h44, le Trieste est à 8.880 mètres de profondeur. La lumière a disparu depuis longtemps. Les eaux sont limpides et des flashs lumineux brillent dans l'obscurité. Des espèces bioluminescentes passent par dizaines devant le hublot du bathyscaphe. Les deux explorateurs essayent de se réchauffer comme ils peuvent. Il ne fait pas plus de 5 °C dans l'habitacle humide. Don Walsh raconte qu'ils étaient comme dans un frigo de cuisine : il faisait froid et il n'y avait pas beaucoup d'espace.

Le fond se rapproche.

Mais un bruit assourdissant surprend Jacques et Don. La coque en métal s'est déformée. Le cœur battant, les deux hommes craignent de voir l'eau les emporter. Si le bathyscaphe cède, ils seront écrasés en un rien de temps par la pression. Mais rien. Tous les instruments fonctionnent et ils sont toujours vivants. Ils décident alors, dans un moment teinté d'inconscience, de poursuivre leur descente dans les ténèbres.

À 13 heures, le bathyscaphe touche le fond et soulève un épais nuage de sédiments. Au dessus de Jacques Piccard et Don Walsh, se dresse une colonne d'eau de plusieurs kilomètres. Les appareils de bord indiquent -10.916 mètres. Seuls douze centimètres de métal les protègent d'une pression écrasante de 1100 atmosphères soit 1000 fois plus qu'à la surface.

Mais quel spectacle extraordinaire ! Des crevettes d'un rouge vif passent devant le hublot, éclairées par les projecteurs du Trieste. Quelques instants plus tard, c'est une espèce de poisson plat totalement inconnue qui émerge du fond sablonneux. L'animal mesure près de 30 centimètres de long. 

Les deux hommes exultent. Là, dans cet environnement sans lumière, où le froid engourdit leurs membres et où la pression est hallucinante, il y a de la vie ! Des formes de vie inconnues et exotiques qui font pâlir les extraterrestres de la littérature de science-fiction. Les hommes communiquent leurs observations avec la surface. La mission est un succès total.

Jacques Piccard et Don Walsh sont les premiers témoins oculaires de cette faune abyssale. Ils passent vingt minutes sur la plancher océanique, à Challenger Deep, avant de remonter. Les ballastes sont vidées et le Trieste repart doucement vers la surface, qu'il atteint dix heures après son départ. Les deux hommes sont transis de froids mais extatiques. Ils savent que ce qu'ils viennent de voir va changer les regards sur la vie et son apparition. 

Lors de son propre voyage, James Cameron a filmé grâce à une caméra 3D les espèces abyssales qui vivent dans la région de Challenger Deep. Le réalisateur du film Abyss passa plusieurs heures là-bas, récoltant de précieux échantillons d'eau et de sol. 

Depuis, leur record de Piccard et Walsh n'a jamais été battu, aucun humain n'a remis les pieds sur le sol de la fosse des Mariannes. Des sous-marins autonomes ont continué d'explorer les abysses aux quatre coins du globe et démontré que la vie s'y épanouit, prenant des formes belles, mystérieuses et parfois inquiétantes. Pour l'espèce humaine, les fonds marins semblent encore moins hospitaliers que l'espace. Et plus énigmatiques.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Dans le prochain épisode, vous voyagerez en compagnie d'un nouveau guide temporel qui vous emmènera dans des terres reculées et glacées. En attendant, n'oubliez pas de vous abonner sur les plateformes de diffusion Spotify, Deezer et Apple Podcast. À bientôt !



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